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"Dieu est géomètre", affirmait Platon pour désigner le chemin qui mène au monde des idées, au monde divin.Et c' était aussi, indirectement, désigner le mode de connaissance et de dépassement de la nature, c' est-à-dire l' au- delà du sensible et du précaire - donc de l' imperfection. Autrement dit, désigner le comment accéder à l' éternel, la perfection, l' abstraction.
Pythagoricien idéaliste, Platon croyait que pour parvenir à l' essence sous-jacente des choses, celle qu' il tenait pour la seule véritable, il fallait emprunter la voie de la logique, du rationalisme géométrique. Plus tard V Léonard de Vinci a suivi ces mêmes traces, qui chercha à accorder la structure de l' idéal (le corps humain) à ces figures idéales que sont le carré et le cercle.
La nature et son idéal, la représentation et la forme à travers le fameux dogme renaissant existeront ensuite, longuement développés ou en germe, quelle que soit la période considérée, et quel que soit le sens accordé à l' art.
Le dépassement de la nature (du monde réel) constituait et constitue une des fortes ambitions de l' art, indépendamment du mode d' écriture de l' image (figuration ou abstraction) et du projet artistique (idéalisation, expression directe, recherche).
Certaines fois comme méthode et manière de représentation d' un thème, et certaines autres fois comme système de propositions logiques, la géometrie se situe autant au niveau de l' image qu' au niveau de l' intention, et souvent au niveau et de l' un et de l' autre.
Elle s' iscrit au-dessus de toute expression plastique, de façon plus ou moins évidente, et circule, jusqu'en 1900, parmi les interrogations inquiètes, oblitérant certaines conventions de l' art et de l' esthétique traditionnelle pour enfin (se)précipiter, eau fertile, à travers l' oeuvre du Maitre d' Aix, le mouvement de la modernité.
Avant de devenir un "-isme" de plus, la langue de la géométrie acquit une identité à partir d' artistes isolés. Quelque l' oeuvre de Opy Zouni ait pour point de départ la langue de la géométrie et qu' elle répercute- ses lois et sa logique, l' expérience esthétique du spectateur ne tient pas seulement à l' intervention du géometrique (comme c' est le cas, par exemple, chez Vasarely).
Ce n' est pas le rayonnement mental de la composition artistique qui renvoie aux questions universelles et existentielles (comme chez <:>Lohse), mais l' interférence du sentiment métaphysique dans le rationalisme de l' image.
Ici, les formes géométriques rejettent de leur parcours leur caractère médiévo-gothique. Elles vont depuis peu vers la forme idéale dont l'origine est à trouver dans la Renaissance (Uccello, Piero Della Francesca).
Plusieurs foyers optiques, points de fuite et délicates perspectives, organisent la lisibilité, celle de l' illusion Euclidienne, la composition.
Le cheminement de la forme vers l' idéalisation intègre aussi d' autres éléments artistiques, couleurlumière- perspective, et l' oeuvre se distancie dès lors de ce qu' on appelle réalité naturelle.
Mais ceci ne concerne que la physionomie de l' oeuvre, lue par le spectateur lui-même sous l' influence de la langue géométrique présente devant lui. Il ne saurait s' agir de l' expérience esthétique provoquée par le sentiment que le geste de l' artiste libère, sentiment qui va de l' oeil vers l' esprit du spectateur, dans la médiation de la valeur artistique de la peinture.
En opposition aux limpides sensations de l' organisation inspirées par les formes géométriques, les zones " picturales" de l' oeuvre irradient comme des impressions. Leur dynamique n' a rien à envier à la géométrie disciplinée, mais elles agissent de façon à, en dernière instance, coupler leur logique au santiment. Le langue géométrique organise la composition tendis que la peinture incendie sa logique. Le couplage du logique au sentimental, chaînage apparemment contradictoire, fonctionne ici comme énigme. Il introduit une discontinuité symétrique et créative avec le mode de coexistence de l' élément médiéval et du réalisme renaissant.
Opy Zouni s' en tient religieusement à l' ordre, accumulant l' élément naturel et son sous-entendu.
Les écrans polychromes sous-entendent le réel parce qu' ils interprètent des expériences visuelles. lis installent l' élément naturel à travers trois contraintes:
- l' ordre géométrique dans la naturel et dans l' essence des choses.
- l' émotion métaphysique de la couleur et de la vérité de la lumière dans l' environnement humain - le sous-entendu de la "peinture" - représentation plastique d' une expérience du monde réel.
L' oeuvre d' Opy Zouni vient nous raconter que cette civilisation aux lointaines origines, celle qui a fleuri dans la lumière aveuglante de la Méditerranée, peut renaître à travers ses cellules désactivées.
Enigmatique, l' oeuvre énonce la troublante proximité entre les nombres de Pythagores et les cercles de Paracelses.

Haris Savvopoulos
Thessalonique, le 25 Avril 1993


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