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"SWISS MADE" Journal de Genève (juin 1994) | |
Parcours au cœur de la sculpture contemporaine Parc La Grange, Genève, du 4 juin au 30 septembre 1994 | |
«Tous mes artistes ont un pied dans la tradition, mais tous apportent une touche personnelle». Le propos n'est pas innocent: le directeur de la Galerie Kara, qui fête cette année ses quinze ans d'existence, tente de revaloriser, contre l'art officiel (entendez conceptuel et minimal), accusé de pratiquer un «terrorisme intellectuel», un «art autre, qui a la faveur du public». Et le galeriste de citer Baudelaire: «La modernité n'est que la moitié de l'art. L'autre moitié est l'éternel et l'immuable». C'est dire si la sculpture suisse monumentale exposée durant tout l'été au Parc La Grange ne consiste pas en installations ou autres interventions éphémères, mais bien en pièces concrètes, solides, tels des arbres ancrés dans la terre. Parmi les dix artistes invités à exposer, et disponibles, la manifestation ayant été mise sur pied en un temps record de quelques mois, on trouve des «classiques» comme Paul Suter ou Silvio Mattioli, des jeunes gloires comme Yves Dana et des plasticiens moins connus, parfois d'origine étrangère mais travaillant tous dans notre pays; certains ont conçu des pièces inédites «in situ», d'autres montreront des sculptures récentes, allant jusqu'à sept mètres de haut. Le doyen est né en 1922, le plus jeune en 1959. Chacun présente entre six et dix œuvres, réunies dans un secteur propre, et bénéficie donc d'une mini-exposition personnelle qui permet d'apprécier les démarches singulières et de les confronter en connaissance de cause. Pourquoi cette opération ambitieuse et coûteuse, renouvelable l'an prochain selon le succès rencontré auprès de la population? M. Karamaounas recherche des synergies, en particulier avec la Ville de Genève; celle-ci a accepté de mettre à disposition le Parc La Grange, qui jouit d'une grande affluence, notamment lors de la Semaine de la rose. Cette opération s'inscrit donc dans la nouvelle politique de la galerie, dont la première réaction en ce temps de crise a été d'aller au-devant du client, de prospecter le marché, de constituer des dossiers d'artistes. Il s'agit aussi de promouvoir l'art local, genevois et suisse. De créer les conditions pour que les plasticiens, qui dans notre pays ne disposent pas d'un marché suffisant, trouvent de nouveaux soutiens. Ne craint-on pas les déprédations et l'incompréhension, si fréquentes lorsque l'art contemporain est exposé dans des lieux publics. Il semble que non, puisque, d'une part, deux personnes présentes en permanence assureront la surveillance et l'information; et que, d'autre part, le caractère «historique» des pièces («Tous ces artistes ont une histoire», explique M. Karamaounas) les rend mieux accessibles. |
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Et, comme le
dit l'un des participants, Juan Martinez, peu importent les
risques: ce qui compte, c'est que les œuvres vivent et comment le feraient-elles mieux qu'au sein d'une nature visitée
par l'homme? Car, outre la synergie avec les autorités, la manifestation consomme le mariage de l'art et de la nature. Une
nature qui assistera, au cours de l'été, à diverses animations,
allant du défilé de mode autour des sculptures à des spectacles «son et lumière».
Laurence Chauvy
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