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GALERIE KARA, présence au monde moderne
Dossiers publics (février 1988)
Au début de cette décennie, rue Maunoir, s'ouvrait un nouveau lieu d'exposition, la galerie Kara, bref raccourci du nom de son créateur, Aris Karamaounas, aidé de son épouse Heidi et de ses deux filles, Vanna et Cathy, alors encore étudiantes. Celui-ci, ancien ingénieur et économiste, écoles qui préparent aux rudes réalités de la vie, s'est révélé d'emblée un animateur de talent, dans une voie où la compétition est acharnée, et où le savoir-faire et le savoir tout court sont indispensables.

Attirer et retenir le public

Tout de suite, quelques expositions (Visson, Becca, Zigaina, Moser, Rouiller) attirèrent les curieux, les amateurs, les critiques. Et parfois les acheteurs. La galerie de la rue Maunoir dut être vite abandonnée pour un espace plus important et plus facile d'accès. Carouge, rue du Centenaire, fut la solution idéale dés mars 1986: 530 m2 sur deux niveaux, et surtout la volonté de poursuivre une véritable politique d'ouverture à l'art contemporain. Et un coup de maître en accrochant pour l'inauguration de ces nouvelles cimaises les 140 dessins de Pier Paolo Pasolini, ce poète, cet écrivain, ce cinéaste, aux talents multiples sentant un peu le soufre et au destin tragique. Une exposition, du reste, qui parcourt encore le monde, uniquement dans des grands musées, avec toujours le même succès.


Une politique concertée

Depuis lors, d'autres expositions ont renforcé la renommée de la galerie: Garbell par exemple, Zigaina et Rouiller toujours, Visson encore, Fréd. Muller, Lassiter et actuellement Ida Barbarigo. Et des projets plein la tête: en juin prochain, «Design Radicale», une exposition historique et de nouveaux artistes comme les deux Mexicains Colunga et Rivera. Avec à chaque fois, ou presque, un livre ou un catalogue important. Et des expositions à l'extérieur: en janvier 1988, Moser Rouiller Visson à la Kornschüte de Lucerne; plus tard, aux musées de Chamalières et de Ferrare l'ensemble des artistes de la galerie.

L'art moderne existe

Beaucoup d'activités, réussite artistique et culturelle, car le public se déplace au «Centenaire» de Carouge (t). Réussite commerciale aussi et nullement négligeable. Dans quel but et selon quels critères? Pas celui que le «clan » Kara appelle l'art "labellisé, celui d'une certaine avant-garde qui reçoit le label artistique à la faveur de manœuvres plus ou moins médiatiques par le biais des musées, de la mode, d'un quelconque réseau de vente. Label qui s'use vite, bien des galeries s'y étant cassé les reins. Et pourtant l'art moderne existe : cet art immuable, mystérieux, qui se lie au passé, depuis le temps des cavernes jusqu'à maintenant, au gré des sensibilités du temps, des temps, enraciné dans une tradition se renouvelant sans fin. Un art qui n'est que rarement accepté dans l'immédiat: Visson, Milshtein, Moser, Rouiller, Zigaina, Barbarigo...sont de la plus exemplaire modernité, comme le furent dans leur temps Renoir, van Gogh, Cézanne.




Une réponse à la société

Quelle modernité? Celle de notre temps avec ces exigences que pose la société contemporaine: souvent une angoisse profonde, des peurs diffuses, les menaces imprécises d'une catastrophe nucléaire ou écologique, la crise, le chômage, la solitude des hommes, le gigantisme des villes. C'est tout cela que sentent les artistes et qui disent à leur façon la confusion morale et mentale, la perte du sens et des valeurs essentielles. C'est dans la mesure ou l'art moderne est dérangeant qu'il apporte quelque chose de nouveau à l'homme, au regard qu'il a sur lui-même et sur le monde. Demain l'art du XXIe siècle sera autre chose et autrement dit parce que les temps et les mœurs auront changé. Il en a été ainsi à toutes les époques. Déranger des habitudes, des conforts et des conformismes, demande du temps pour intégrer les nouveautés. Et à l'heure actuelle, cette intégration se fait plus vite, plus aisément, puisque la galerie, loin de s'anémier, semble fonctionner bien et agit à l'extérieur. Une raison d'être, envers et contre tout, ouvert et optimiste.

Paul KLEIM

Lors d'un vernissage à la galerie, Aris Karamaounas introduisant trois personnalités ayant pris la parole pour traiter des divers aspects de l'œuvre de Zwy MILSHTEIN: René Berger (3e depuis la gauche, président d'honneur de l'Association internationale des critiques d'art), Této Ahrenberg (Suédois, collectionneur d'art mondialement connu) et Alvin Avila (critique d'art à Radio France Culture), à la gauche de l'artiste au 6e rang (photo Erling Mandelmann).

contemporary art
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