Un hymne à la nature et à la vie

Elle peint les tourbillons de Peau, les carapaces. de glace, le frémissement des feuillages, la lave en fusion. Jacqueline Bachmann conjugue son vécu de voyageuse avec sa sensibilité. A fleur de planète, à fleur de peau.

Rarement la Tour historique aura vu si bel accrochage! Depuis l'ancien local du feu jusqu'au sommet de la tour où bat le mouvement de l'horloge, Jacqueline Bachmann a disposé une volée de 75 tableaux. Sous le titre générique des Chants de la terre, cette manière de retour au pays est le fruit de cinq ans de travail.
«Ce coquillage, je l'ai ramassé au Vietnam. Ces feuilles d'agate dans une mine du Brésil. Ces piques de porc-épic en Afrique...» Jacqueline Bachmann a sillonné la planète. Elle en a pesé les fractures. Toujours au front - pour le compte du CICR - et laissant parler son cœur Sur une bâche, elle a peint les états du bois: au naturel, incandescent, puis calciné. «Cette toile de lin, très résistante, vient d'une civière. Mon père en avait gardé depuis la guerre. Et j'en ai porté, des civières!»

Hommage au père
Cette exposition, l'artiste la dédie à son père. Le Bullois Jacob Bachmann, décédé le 1er novembre passé, suivait son travail. «Durant ma période abstraite, il me demandait quand j'allais peindre quelque chose qui ressemble à quelque chose... Mais il entrait dans mes tableaux! Il était mécanicien, il travaillait le fer forgé, la sculpture. C'était un inventeur. Il fallait voir ses dessins: magnifiques!»
A sa manière, Jacqueline a laissé parler sa fibre artistique. Son talent est indissociablement lié aux voyages. Engagée par le CICR, elle se dépense sans compter pour les plus démunis. Au Brésil, au Paraguay, en Uruguay, en Argentine, au Zimbabwe, au Bostwana, en Namibie, au Vietnam, en Jordanie...

L'art pour aider
«Sur la frontière Thaïlande-Cambodge, j'étais responsable de 350.000 réfugiés, dans des conditions très limites. J'ai remarqué que certains avaient un talent artistique. J'ai donc mis sur pied des ateliers. Ils créaient de petites choses, comme des cartes de vœux. Mais j'ai pris conscience que l'art pouvait être une aide. Un rayon de lumière dans l'enfer...»
Actuellement, Jacqueline Bachmann est «plongée» dans la peinture à plein temps. Durant la semaine, elle anime des ateliers pour des personnes souffrant de déficiences. «Par rapport à la douleur psychique des gens, après avoir vécu des situations d'urgence extrême, j'ai du recul et je peux relativiser. Je cherche à leur redonner confiance dans la vie. Qu'ils aient une bonne image d'eux-mêmes.»

Fixer des vertiges
Les temps de «battement», elle les consacre à sa propre création. Ces dernières années, le thème de la nature s'est imposé. L'artiste passe des matières à l'abstrait, puis à l'huile.
Elle magnifie les paysages, travaillant dans le macro ou le microorganisme. Toujours, ses tableaux sont porteurs de mouvement. Les éléments s'enlacent, se chevauchent, s'entrecroisent. Le tracé d'une rivière bleue répond au lacis de branches sombres. L'artiste contemple les nuages en contre-plongée ou domine la mer de brouillard. Le feu coule et le feuillage étincelle. Vertiges. Le cœur au bord des lèvres, Jacqueline Bachmann commente: «Je vais toujours vers l'inconnu, Ma peinture est faite pour réunir, pas pour diviser.» PG

Journal La Gruyère. A l'occasion d'une exposition à La Tour-de-Trême. Avril 2006


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