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Le photographe produit des images fixes. Et Pro Helvetia les fait bouger; pas comme dans un film mais en réalité; les fait donc voyager, à la rencontre d'autres publics.
Grâce à Charles Weber, associé cette fois avec Anne-Marie Grobet, Pro Helvetia a déjà eu l'honneur de soutenir, il y a deux ans, une exposition itinérante de photographies en Océanie ainsi qu'en Inde et en Extrême-Orient (Corée du Sud, Thaïlande, Vietnam). Et voici qu'après "Joli n'a qu'un œil", un bien beau titre décidément, Charles Weber nous revient avec "Lightscapes". Lumière et paysages jouent ensemble des scènes q'on devine parfois longuement préparées. Jeux d'éclairage et d'encadrement finement mis au point, pour offrir une sorte de tableau photographique, plus vif et sans doute moins durable qu'une peinture.
Or donc, il nous offre cette fois une nouvelle exposition itinérante qui, après l'étape initiale au Forum de Meyrin, Genève, va circuler en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Vietnam. Elle regroupe des œuvres de photographes nées dans l'un de ces trois pays, qui vivent et travaillent souvent dans un autre. Cette "flexibilité" volontaire leur a permis d'entrer en contact avec d'autres photographes, avec des publics différents aussi - une confrontation toujours risquée mais vitalement nécessaire pour ceux qui exercent le dur métier d'artiste.
La venue en Suisse des neuf photographes de "Lightscapes" est un événement qui nous honore et une occasion que nous ne voulons pas manquer. L'occasion de laisser une trace, de réaliser une publication qui accompagnera l'exposition au-delà de sa période genevoise.
Pourquoi un catalogue, alors que l'exposition est visible sur Internet, le réseau des réseaux? Tout simplement parce "la toile" est fugace, virtuelle, parce qu'elle ne sait que l'anglais, dont elle facilite dangereusement l'expansion sur toute la planète. Au contraire, l' imprimé reste un produit durable, matérialisé. Le livre se prend, se transmet, offre ses textes et ses images sans autre support que lui-même. Et même si leur production ne satisfait pas toujours aux standards les plus exigeants, les pages imprimées ont des qualités qu'Internet peinera longtemps à égaler. Certes, la supériorité du livre s'avère moins évidente sur le plan économique. Tandis que le web tend à la gratuité universelle - pour les personnes dotées d'un accès -
les livres reviennent de plus en plus cher, prix imposées ou pas.
Par-delà les différences entre formes d'expression et supports d'information, les trois approches se complètent: les photographies exposées, le catalogue accompagnateur, le site virtuel.
Yvette Jaggi.
Présidente de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture
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