Greek Artists



Yannis Mitrakas, l'imprévu
par René Berger Honorary President of the International Association of Art Critics (IAAC)

Imaginons qu'un génie ailé se mette à folâtrer dans les parages de Byzance et que, pris de vertige devant tant d'images sacrées ornant les murs des basiliques et des églises, jusqu'à la population infinie des icônes qui se poursuit depuis des siècles, imaginons qu'à ce génie ailé vienne soudain l'envie d'y jeter un regard autre, non pas irrespectueux, ni désinvolte, mais, au sens propre, rafraîchissant. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. En repartant de l'iconographie classique, alourdie de trop de commentaires érudits ou pédants, Yannis Mitrakas choisit de se muer en chasseur de papillons, un peu à la manière de Nabokov, aimerais-je dire. Voici donc que L'Impératrice byzantine s'assouplit comme une liane (oublié les brocarts pesants de Theodora à Ravenne), voici Orphée et Euridyce au pays de l'Hadès transformé en un savoureux jardin sous l'oeil étonné de deux fillettes sorties tout droit d'un pensionnat anglais ou de derrière le miroir de Lewis Carroll, voici Alexandre le Grand et son destrier dont on ne sait lequel des deux apprivoise l'autre, ou encore, la fantaisie proliférant, L'un des fils Orphée jouant de la cornemuse, tandis que la Nativité, escortée d'anges et de saints, tresse des guirlandes autour d'une montgolfière métaphysique. Sans compter le Président Clinton, ultime avatar (?) paradant en habit d'empereur byzantin.

Le jeu ne cède ni à la mascarade ni au burlesque. C'est que l'humour en est la clé du regard autre que l'artiste porte sur la tradition que notre époque met en question. Ni heurt, ni conflit pourtant, tout se passe sur les ailes d'un pinceau qui traverse le temps, avide d'aventures, de féeries et de métamorphoses, la connivence souriante de l'artiste et du spectateur aidant.

René Berger