Ne vous laissez pas prendre aux pièges de Berry-Mauduit ! Ces bribes d'enfance à travers des jouets cassés, des étoffes déchirées ou fanées, ces objets d'un grenier inventorié dans les souvenirs et les regrets, ne sont pas autant d'anecdotes mélancoliquement égrenées par une Alice déçue du pays des merveilles défraîchies, ce sont des tableaux. A l'huile ou à l'acrylique, au pastel, c'est-à-dire des oeuvres autonomes dont le langage est pur, et qui témoignent d'une farouche volonté de création hors des modes et des courants dominants.

Chantal Berry-Mauduit vit sa peinture, et dans sa peinture. "La moitié de mon activité de peintre consiste à rompre avec ce que je peux faire facilement", dit-elle, Ses exigences sont sa morale.

Regardons ces tableaux. Ils sont marqués à la fois par la naissance des formes, qui n'apparaissent aux regards qu'arrachées à leur gestation, et par la substitution aux apparences de leurs fragments recomposés, qu'il s'agisse du corps ou d'objets familiers, Amalgamés, déchirés, enserrés de bandelettes ou de sangles, boursouflés, meurtris.

Ces peintures ne sont souvent que surgissements de blessures, démembrements, juxtapositions ou déformations des choses dans des espaces clos. A fleur de mémoire ou de peau, Elles sont exécutées avec une précision minutieuse, détaillées dans l'intérieur : leurs couleurs sourdes ou pâles sont animées d'éclats soudains.

Berry-Mauduit dépayse et trouble. L'enfance est généralement ce qui sépare de l'avenir, ici elle donne ou présent des saveurs nostalgiques. D'étranges questions sont posées à la réalité et à ses sortilèges , elles surgissent en même temps du travail du trait, de la matière, des fonds de couleur et de la répartition de la lumière, comme de l'imagination et de la mémoire. Entre l'explicite et le flottant.

A l'origine, il y a la vie libre et (presque) heureuse à Marchenoir, le village de l'enfance près de Beaugency, la maison, la forêt, l'étang grouillant de mille petites bêtes indistinctes. Guère d'école, mais très tôt le goût du spectacle en costumes dans le grenier familial, puis celui, insistant, de dessiner et de peindre.

Quand Chantal arrive à Paris, à 14 ans, elle avait, dit-elle, une valise et une grande boîte de peinture suspendue à l'épaule, fabriquée par son père; elle entrera plus tard à l'Académie Charpentier pour préparer l'Ecole des Arts décoratifs où elle est admise à 17 ans. Après son diplôme, elle passe un an à l'Ecole des Beaux-Arts et, en 1967, à 23 ans, elle obtient sa première commande, une composition monumentale.

Beaux débuts suivis de plusieurs autres réalisations où elle prouve son ambition de s'intégrer à l'architecture en l'animant
PIERRE CABANNE


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Chantal Berry-Mauduit, Louis Pons, Art France