Les rapports de la Science et de l'Art, de la raison froide
et de l'irrationnel, ne finiront jamais de provoquer
notre étonnement. En dépit d'apparentes contradictions,
d'étranges connivences et de subtiles complicités se
sont depuis longtemps nouées entre ces deux modes de
perception du monde dans lequel nous vivons, et entre
les manières de traduire les émotions que provoque
chacune de ses découvertes.
Le monde minéral constitue un domaine où ces
résonnances sont particulièrement perceptibles. Qu'elles
viennent de savants et d'artistes, d'hommes de lettres et
de philosophes, les démarches qui le concernent
présentent souvent de remarquables convergences.
Toutes aboutissent à une sorte de poésie du monde, où
l'interprétation rationnelle et la rêverie paraissent
s'accorder en toute harmonie.
Les oeuvres sorties des mains et du talent d'André
Bucher sont une autre occasion de vérifier cet état de fait.
Cet authentique artiste fut fasciné par les objets insolites
crachés par les volcans. Il partit donc à leur recherche en
des marches exténuantes, dans le froid et le chaud; il
gravit des pentes où le cheminement prend l'allure d'un
cauchemar, au mieux d'un exploit sportif, pour parvenir
aux sommets baignés d'une atmosphère délétère. Il y
rencontra les formes irréelles mais vraies que son
insp~ration avait déjà imaginées, mais qui tout d'un coup
se convertissaient en réalité.
Blocs de roche déchiquetée, greffes, buissons ou
gerbes fixés pour l'éternité, chardons hérissés de pointes
et d'épines; ou formes pures issues d'un bitume noble aux
arêtes précises, comme le dit Roger Caillois, orfèvre en la
matière. Toutes saturées de ténèUres, celles des
entrailles de laterre et jaillies de son magma primitif, pour
nous rappeler que le sol ferme, sur lequel nous marchons,
n'est qu'une croûte mince flottant à la surface d'océans de
roches liquides. Elles évoquent l'origine du monde, dans le
tumulte et l'incertitude de formes et de structures
pourtant dictées de toute éternité par des lois
universelles.
André Bucher chercha longuement les supports
matériels de ses rêves et de ses fantasmes à travers les
champs de lave fluide et les rocailles. Il en ramena un
précieux butin et inclua les pièces les plus dignes de
porter son message dans des structures sorties de son
génie. En associant des objets naturels, à première vue
issus du hasard, aux créations de son émotion intérieure,
il combina en un subtil mélange le travail des dieux et
celui des hommes pour en faire oeuvre d'art.
Cette approche originale n'a au fond rien de surprenant.
Tout artiste authentique part d'un objet réel auquel il
donne force et valeur d'idée en chargeant la matière noble
de transmettre les fruits de sa pensée.
Cet amalgame, digne des alchimistes des temps
passés, a pour résultat une étonnante suite de sculptures,
où la nature et l'esprit humain, la force brutale du feu de la
terre et la sensibilité propre d'un artiste s'associent pour
provoquer la joie des yeux et des sens, plus encore la
méditation. |