Les laves qui s'échappent des volcans, comme des
fleuves de feu engendrés par quelques convulsions
internes des roches dans les profondeurs de notre globe,
ont en tout temps fasciné les esprits des hommes.
Terrorisés par laviolence des éruptions et par les
destructions qu'elles peuvent provoquer, fascinés en
même temps par laforce et la beauté du spectacle que la
nature leur offre, ils ont cherché à connaître les
mécanismes qui sont à l'origine du déchaînement de ces
forces gigantesques.
Sur un tout autre plan, les minéraux aux formes
cristallines parfaites ont également séduit les hommes,
I'ont rendu curieux de connaître comment cette même
nature a pu façonner des cristaux aux formes si
audacieuses, dont les faces aux éclats variés se
rejoignent en des arêtes rectilignes qui convergent
elles-mêmes vers des sommets élancés.
Aujourd'hui nous connaissons les causes qui
provoquent les éruptions volcaniques et nous savons
comment la nature sculpte les cristaux. Les savants ont
tout démystifié: ils savent clairement expliquer les
mécanismes qui conduisent à l'élaboration d'un cristal; ils
savent même les fabriquer. Ils savent qu'un cristal
cubique de sel gemme - notre vulgaire sel de cuisine -
d'un centimètre de côté renferme quarante-cinq mille
milliards de milliards d'atomes. Ils savent comment les
forces attirent ces atomes les uns vers les autres, les
obligeant à se disposer selon un ordre géométrique
rigoureux dont dépendra la forme extérieure du cristal. Ils
savent aussi que les laves proviennent de la fusion
partielle de roches situées à une centaine de kilomètres
de profondeur sous l'écorce terrestre. Ces masses
liquides, visqueuses, moins denses que les roches qui
leur ont donné naissance, entreprennent une lente
ascension vers la surface du globe. Ce sont les magmas
générateurs des roches éruptives. Si leur ascension les
conduit jusqu'à la surface du globe ils créeront les
volcans. Si, au contraire, leur viscosité les arrête
en cours d'ascension, ils se refroidissent lentement,
donnant naissance aux granites, aux gabbros, aux
pegmatites et à bien d'autres roches encore. Et ce n'est
que des millions d'années plus tard, lorsque l'érosion aura
détruit toutes les roches qui les recouvrent, que ces
granites, les pegmatites qui les accompagnent avec les
minéraux spectaculaires qui les composent s'offriront à
nos regards émerveillés.
Les naturalistes ont découvert que les faces des
cristaux s'interceptent les unes les autres selon des
règles d'harmonie absolues. Ainsi, si on définit un
système d'axes de référence en choisissant trois arêtes
concourantes d'un cristal, on remarque que toutes les
autres faces interceptent ces axes à des distances de
l'origine qui sont entre elles proportionnelles à des
nombres entiers relativement petits. Ainsi, curieusement,
on peut comparer cette harmonie des formes à celle d'un
accord musical dont les sons ont des fréquences qui font,
entre elles, des rapports de nombres entiers d'autant plus
simples que l'accord est plus harmonieux.
Est-ce dire que la nature est capable de réaliser des
chefs-d'oeuvre comparables à ceux que peut créer un
artiste? Peut-on comparer un cristal, si parfait soit-il, à
une oeuvre d'art?
Je ne le pense pas car, si un tableau, une sculpture,
ou une symphonie est l'aboutissement de l'expression de
la sensibilité d'un artiste, le cristal, lui, est le résultat
d'une opération physico-chimique complexe obéissant
aux seules lois rigides des forces qui fixent les atomes
les uns aux autres.
Face aux millions d'années nécessaires aux forces
naturelles pour créer de nouvelles roches, ouvrir de
nouveaux océans, modeler de nouvelles montagnes,
I'Homme n'est guère qu'un étranger fraîchement
débarqué qui a colonisé la partie la plus superficielle de
la planète et doit assister, impuissant, aux soubresauts
qui agitent son intérieur.
André Bucher est-il jaloux de ces forces qui génèrent
les magmas? Au contraire, cherche-t-il à les
exorciser, à se les rendre favorables comme ces peuples
anciens qui sacrifiaient des adolescents en les
précipitant dans les cratères bouillonnants afin de
s'attirer la bienveillance des dieux?
Non! Exalté par la beauté et la violence du spectacle
que nous offre la nature, André Bucher cherche à
harmoniser sa propre force créative à celle de la
Mère-Terre afin que, réunies, ces forces permettent la
naissance de l'Objet, symbole du lien qui attache
l'Homme à la Nature.
Puisant la matière brute à la source même de toute
vie, il la modèle, lafa,conne, I'unit au bronze qui
représente l'Art de l'Homme.
Et la matière brute se trouve alors enchâssée dans
des courbes, les unes fermées qui représentent
peut-être les orbites des électrons autour des noyaux
d'atomes, ou les parcours des planètes, les cycles de la
vie; les autres, ouvertes, symbolisent la recherche vers
des idées nouvelles, la communion avec des esprits
supérieurs, une certaine fraternité envers les peuples du
monde.
Et si les savants, par leurs explications logiques, ont
tué le mythe de Pluton qui, dans son antre infernal,
entretenait les feux souterrains, André Bucher, lui,
redonne vie à ce Dieu ancien sous laforme d'une alliance
symbolique entre l'Homme et le Feu purificateur, source
universelle de l'énergie qui anime toute vie sur notre
planète. |