Ulrich Oeuvre
Né en 1953 à Frauenfeld / 1953 in Frauenfeld geboren

 
Pour l'amour de la terre

Au moment où il s'agit pour lui de choisir une voie professionnelle, Walter Ulrich opte pour la céramique. Parce qu'il lui semble que la complexité technique et les infinies possibilités du métier le préserveront à jamais de la routine. Après un apprentissage classique dans une entreprise vouée à la céramique architecturale, il s'établit en indépendant, construisant son propre four à bois et découvrant pas à pas les mystères du grès et des hautes températures. Très jeune, trop jeune pour s'immerger complètement dans un métier qu'il sait accaparant, il cède très vite à l'appel du large, au besoin d'apprendre le monde et les autres. Pendant près de trois ans, il séjourne alors au Mexique et en Californie, où il gardera toujours le contact avec le monde céramique. Ce qu'il découvre dans ces contrées lointaines le touche surtout dans sa manière d'appréhender la vie: point de retombées immédiates et conscientes sur sa vision du métier.

De retour à Saint-Gall, il reprend ses recherches là où il les avait laissées. Avec obstination, il poursuit méthodiquement et par ses propres moyens sa formation de céramiste, soucieux de se confronter aux multiples difficultés du métier. Le besoin de mesurer ses propres limites conduit Walter Ulrich à un certain perfectionnisme technique, que ce soit dans le maniement du tour ou dans l'élaboration des émaux. Les objets en porcelaine qui témoignent de cette phase montrent des formes très pures dans leur classicisme un peu figé et des émaux sophistiqués, comme ces cristallisations dont la fabrication relève de la quête alchimique.

La relation intensive et exclusive au matériau et à ses transmutations révèle peu à peu ses limites.

Tout en restant attaché à la porcelaine et à la notion de récipient, le jeune céramiste évolue alors vers une utilisation plus expressive du tournage et vers une approche plus simple de l'émail. Plus dynamiques, les formes nouvelles sont néanmoins subordonnées aux exigences d'une production utilitaire, rigoureusement structurée par la notion de service. La déclinaison d'une forme de base est conduite de façon cohérente et scrupuleuse, le travail du céramiste se rapproche de celui du designer.

En 1992, l'atelier de Walter Ulrich est détruit par un incendie. Pendant près d'une année, c'est le désarroi. La tentation d'abandonner, de se tourner vers d'autres voies. Et puis le doute se mue en certitude: Walter Ulrich a besoin de s'exprimer en façonnant la matière, et cette matière ne saurait être autre chose que la terre. L'argile est son univers. Il décide donc d'y revenir, mais rien ne sera plus comme avant.

La porcelaine est écartée au profit d'une argile plus terreuse: un grès grossièrement chamotté, une matière tellement abrasive que le recours au tournage n'est même pas envisageable. Oubliés les émaux et le chatoiement de leurs couleurs. Désormais la matière brute s'imprègne de noir, des mille et un reflets de ce noir changeant qui naît de la cuisson enfumée. Pour que le ressourcement soit complet, il faut encore retrouver la présence physique du feu. Trop aseptisée, la cuisson électrique fait place à la flamme du four à gaz.

Ce moment de rupture coïncide avec l'émergence d'un nouveau monde formel. Des sculptures naissent de l'argile, des formes qui doivent autant à la nature du matériau qu'à l'imaginaire de l'artiste. A entendre Walter Ulrich, son rapport à la terre est désormais plus intuitif, moins pensé. Point d'esquisses préalables: simplement ses mains et une masse d'argile. Ses mains qui fouillent la terre sans lui faire violence, qui pénètrent au coeur d'une matière consentante, comme pour l'aider à respirer. L'enjeu ne consiste plus à dompter l'argile, mais bien à travailler en parfaite intelligence avec elle. En regardant les formes de Walter Ulrich, on se rend compte que c'est la main qui donne l'échelle, la main qui se love dans la matière, laissant derrière elle des cavités plus ou moins secrètes, parfois éclatées. Des alvéoles qui se multiplient obstinément, comme pour résumer le mystère de la vie, d'une forme élémentaire de la vie. Il y a toujours de la rigueur dans le travail de Walter Ulrich, une rigueur sous-jacente qui rappelle celle de la nature quand elle construit ses architectures vivantes: vertébrés primitifs, cocons préhistoriques ou chenilles géantes. Similitudes fortuites. L'artiste ne cherche pas à imiter, il s'abandonne simplement au plaisir du geste libéré.

Le travail de Walter Ulrich visiblement prend de l'ampleur. Parce que le céramiste a su prendre le chemin de la simplicité, et que ce choix lui permet aujourd'hui d'affirmer sereinement: "En fin de compte, c'est la terre qui s'exprime."

 
Roland Blaettler

Dem Ton zuliebe

Zum Zeitpunkt der Berufswahl entschloss sich Walter Ulrich für die Keramik. Denn die technische Komplexität und die unendlichen Möglichkeiten d es Berufs schienen ihn vor der Routine für immer zu bewahren. Nach einer traditionellen Lehre in einem Unternehmen für Baukeramik macht er sich selbstständig, baut einen Holzofen und entdeckt Schritt für Schritt die Geheimnisse des Steinzeugs und des Hochbrands. Doch ihn lockt schnell der Ruf der Ferne. Noch zu jung um sich schon dem anspruchsvollen Beruf hinzugeben, empfindet er das Bedürfnis, die Welt und die Menschen kennenzulernen. Er verbringt fast drei Jahre in Mexiko und Kalifornien, wo er stets den Kontakt zur Welt der Keramik aufrechterhält. Die gesammelten Erfahrungen in fremden Ländern beeinflussen vor allem seine Lebensauffassung: es sind keine unmittelbar bewussten Auswirkungen auf seine Vorstellung zum Beruf spürbar.

Zurück in Sankt Gallen nimmt er seine damals unterbrochenen Erkundungen wieder auf. Hartnäckig verfolgt er das Erlernen des Handwerks mit System und mit eigenen Mitteln, darauf bedacht, sich den vielen Schwierigkeiten des Berufes zu stellen. Das Bedürfnis, seine eigenen Schranken zu messen, führt Walter Ulrich zu einem gewissen technischen Perfektionismus, sei es im Handhaben der Drehscheibe oder in der Herstellung der Glasuren. Die aus dieser Zeit zeugenden Porzellan- objekte zeigen sehr klare, in ihrem Klassizismus leicht erstarrte Formen und hochentwickelte Glasuren, wie die aus einer alchimistischen Suche ent- stammenden Kristallisierungen.

Die intensive und exklusive Beziehung zum Material und zu seinen Veränderungen lässt nach und nach seine Grenzen erkennen. Dem Porzellan und dem Gefäss treu bleibend, entwickelt sich der junge Keramiker in Richtung einer expressiveren Arbeit an der Drehscheibe und einer einfacheren Handhabung der Glasur. Die dynamischeren neuen Formen sind dennoch den Erfordernissen einer durch strenge Funktionalität bedingte Gebrauchsproduktion untergeordnet. Die Abwandlung einer Grundform entsteht kohärent und sorgfältig, die Arbeit des Keramikers nähert sich der des Designers.

Das Atelier von Walter Ulrich wird 1992 durch ein Feuer zerstört. Verwirrung, fast ein Jahr lang, die Versuchung alles aufzugeben, sich anderen Wegen zuzuwenden. Doch aus Zweifel wird Gewissheit: nur der Ton eignet sich für Walter Ulrich's Ausdrucksund Gestaltungsbedürfnis mit der Materie. Der Ton ist seine Welt. Er entschliesst daher, damit wieder anzufangen, doch nichts wird wie vorher sein.

Er gibt das Porzellan zugunsten eines erdigeren Tons auf: ein stark chamottiertes Steinzeug, eine solch abschleifende Materie mit der jedes Arbeiten an der Drehscheibe undenkbar ist. Vergessen sind die Glasuren und das Schillern der Farben. Von nun an durchtränkt das Schwarz mit seinen tausend und ein veränderbaren im Rauchbrand entstandenen Schimmern das Rohmaterial. Zur vollkommenden Wiedererlebung fehlte noch das Vorkommen des Elements Feuer. Der Gasofen löste den sterilen Elektroofen ab.

Diesem Scheidungsaugenblick entspricht das Auftauchen einer neuen formalen Welt. Der Ton ruft Skulpturen hervor, Formen geleitet sowohl von der Natur der Materie als von der Vorstellung des Künstlers. Dem Zuhören von Walter Ulrich nach, ist der Bezug zum Ton fortan intuitiver, weniger gedacht. Keine vorherigen Skizzen: allein seine Hände und die Tonmasse. Seine Hände gewaltlos den Ton absuchend, eindringend ins Herz der einwilligenden Materie, als ob sie ihr beim Atmen helfen wollten. Das Anliegen ist nicht den Ton zu bändigen, sondern mit ihm in perfekter Intelligenz zu arbeiten. Beim Betrachten der Formen von Walter Ulrich stellt man fest, dass allein die Hand über den Massstab entscheidet. Die Hand, sich mit der Materie verbindend, interlässt mehr oder weniger verborgene, manchmal zersprungene Hohlräume. Sich hartnäckig vermehrende Alveolen die an eine Zusammenfassung des Lebensgeheimnisses, einer elementaren Form des Lebens, erinnern. Eine Rigorosität durchzieht noch immer Walter Ulrich's Arbeit, eine tief liegende Rigorosität, die an die der Natur beim Bau von lebendigen Architekturen erinnert: primitive Wirbeltiere, rähistorische Kokone oder Riesenraupen. Zufällige Aehnlichkeiten. Der Künstler beabsichtigt keine Nachbildungen, er gibt sich einfach der Freude der freien Gesten hin.

Die Arbeit von Walter Ulrich nimmt sichtbar an Bedeutung zu. Weil der Keramiker sich für den Weg der Einfachheit entschloss, kann er heute beschaulich behaupten: "Im Grunde genommen ist es der Ton, der sich hier ausdrückt".

Roland Blaettler


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