![]() |
|
|
| |
Organismes du doute Au-dessus de nos têtes flottent de grands volumes sans émail ni couleur, blancs, à la surface crue et rugueuse hérissée de tétons et de pustules. Des formes puisées dans une typologie étrange, semblables à des sphères déformées, allongées, aux côtés protubérants. Des volumes imaginaires qui deviennent aussitôt matière à interrogations multiples sur la masse et l'enveloppe, sur le poids et la matière, sur la stabilité et la fragilité, sur le plein et le vide, sur leur être. Plus loin, les volumes se sont répandus dans la galerie en U jusqu'à s'introduire dans la grande salle, gênant toute circulation dans le passage, l'obstruant complètement à certains endroits. A aucun moment l'installation ne peut être perçue dans sa globalité. Le déambulatoire participe directement aux inattendus que nous réserve l'avancement dans cet espace où différentes situations empreintes de ludisme et d'humour, viennent perturber nos repères et ouvrir notre regard sur des champs de sensations quelquefois proches de la sciencefiction. Pendant tout le parcours s'opère un changement d'échelle dans notre relation physique avec l'objet. Transportés de l'infiniment petit à l'infiniment grand, nous nous trouvons tantôt projetés dans une veine de l'univers organique humain à la rencontre de globules gigantesques, tantôt devant des formes d'ordre galactique, quelque peu lunaires aux surfaces irrégulières, microporeuses, ou encore face à une vue microscopique agrandie d'un milieu biologique où les volumes en céramique s'assimilent à des micro- organismes animaux et végétaux tels des squelettes calcaires de protozoaires ou des unicellulaires en constante mutation. Les associations sont nombreuses. Délicatement posés en équilibre, les volumes évidés dégagent une impression de légèreté, un sentiment d'apesanteur. Leurs membranes sont fragiles. Tels des ballons gonflés d'air, ils aimeraient se déplacer par le simple souffle d'air que nous brassons lors de notre passage. Exploration tactile et sonore de la forme, de sa surface sous laquelle semble croître une étrange poussée. Attendre son expulsion de la coquille? Genèse de la forme: Issus de recherches sur le moule comme support, les volumes jouent de la composante du plein et du vide, du négatif et du positif, du contenant et du contenu. La multitude de formes résulte de la création d'un moule propre pour chaque volume. A partir d'une ébauche en terre montée au colombin, percée de petits trous et puis recouverte de latex, la céramiste obtient un moule mou. Enlevé de son support, celui-ci est ensuite gonflé d'air à l'aide d'une baudruche, faisant apparaître sa surface épineuse. Suit alors la réalisation d'un négatif en plâtre à partir du volume en latex. Une fois sec, le moule en plâtre est vidé du latex et sa paroi intérieure finement enduite d'une faïence de coulage à base de cellulose, choisie pour sa résistance aux chocs thermiques et pour l'effet recherché de texture, de fragilité et de légèreté. Le moule en plâtre est cuit avec son contenu. Délivré du feu, un volume apparaît à travers les ouvertures de la coque de plâtre écaillée. Eclosion d'une coque de terre. Aucune trace de geste. Annick Berclaz dépasse pour la première fois l'échelle habituelle de ses plats, vases et coupes en céramique couverts de tentacules aux yeux de poulpe et richement décorés d'un vocabulaire issu du monde microscopique marin, source de son inspiration, et s'aventure ici dans le "grand". Ses fleurs, planctons et micro-organismes imaginaires se sont libérés des surfaces émaillées, s'émancipent pour devenir eux-mêmes volumes et dialoguer avec l'espace. Souvenir d'un entretien: "Au début je rêvais d'un voyage dans un univers de pollens de fleurs préhistoriques agrandis 3000 fois." Alors que le travail de la céramiste semblait se restreindre au seul souci pour la matière, sa transformation et sa révélation maximale à travers le feu, donc à un savoir-faire, l'installation d'Annick Berclaz révèle une recherche plastique qui se situe au-delà de l'utilitaire. Certes, la parole est au matériau terre, mais il transgresse la limite arbitraire de son utilisation traditionnelle et du but de sa création. Son travail affiche un langage formel témoignant des préoccupations de la céramique contemporaine, le glissement subtil entre l'univers de la céramique et celui de la sculpture. Simone Haack |
Organismen des Zweifels Ueber unseren Köpfen schweben grosse Körper, unglasiert, farblos, ganz weiss, die Oberfläche grob und rauh, bedeckt mit spitzen Warzen und Pusteln. Aus einer seltsamen Typologie entnornmene Formen, ähnlich deformierter, ausgedehnter, verbeuiter Sphären. Erfundene Körper, die sogleich Fragen zur Masse und Hülle, zu Gewicht und Materie, zur Stabilität und Zerbrechlichkeit, zu materialisiertem und nicht materialisiertem Vorhandenem, zum Wesen hervorrufen. Weiter weg haben sich die Körper in der U-förmigen Galerie bis in den grossen zentralen Raum verbreitet, den Durchgang behindernd, an manchen Stellen sogar versperrend. Die Installation ist zu keinem Zeitpunkt in ihrer Ganzheit rfassbar. Der Rundgang nimmt am Unvorhergesehenen, das uns das Vorangehen im Raum bereitet, direkt teil. Verschiedene Situationen, geprägt von einer humorvollen und verspielten Note, beeinträchtigen unsere Bezugspunkte und öffnen unseren Blick auf ensationsfelder manchmal nahe der Science-Fiction. Während des ganzen Rundganges vollzieht sich eine Massstabveränderung in unserer physischen Beziehung zum Objekt. Wir Betrachter, unendlich klein geschrumpft oder unendlich gross gewachsen, fühlen uns mal in eine Ader des menschlichen Organismus projiziert, riesenhaften Blutkörpern begegnend, mal vorgalaktisch-, mondartigen Formen mit unregelmässiger, mikroporöser Oberfläche, oder vor einer ergrösserten mikroskopischen Sicht eines biologischen Umfeldes, in dem sich die keramischen Körper mit tierischen und pflanzlichen Mikroorganismen wie kalkige Skelette von Urtierchen oder Einzeller in ständiger Mutation, assimilieren. Die Assoziationen sind vielfach. Die hohlen Körper, rücksichtsvoll in Gleichgewicht liegend, strahlen eine seltsame Leichtigkeit aus, ein Eindruck von Schwerelosigkeit. Ihre Membranen sind vergänglich. Wie aufgeblasene Ballons möchten sie sich durch unseren im Vorbeilaufen entstehenden Luftzug in Bewegung setzen. Erkundung des Körpers durch Abtasten und Abhören, auch seiner Oberfläche. Darunter scheint etwas Seltsames zu gedeihen. Auf sein Ausschlüpfen aus der Schale warten ? Entstehung der Körper: Ausgehend von Untersuchungen über die Grundformen spielen die Körper eine Komponente aus Vollem und Leerem, Negativem und Positivem, Behältnis und Inhalt. Diese Vielzahl an Formen ergibt sich aus der Herstellung eines einzigen Grundmodells für jedes Volumen. Ausgangspunkt ist ein aus Tonwülsten aufgebauter und durchlöcherter Entwurf, der mit Latex übergossen wird, um ein Modell aus weichem Material zu erhalten. Seiner Form entnommen, wird das Modell aus Latex anhand eines Ballons aufgeblasen und die stachelartige Oberfläche kommt dabei zum Vorschein. Darauf folgt die Realisierung eines Negativs aus Gips von dem Volumen aus Latex. Sobald die Gipsform trocken ist, wird sie vom Latex befreit und die inneren Wände mit einer wegen dem thermischen chockwiderstand und dem erwünschten Effekt von Textur, Vergänglichkeit und Leichtigkeit, ausgewählten zellulosehaltigen Fayence- Giessmasse, dünn bestrichen. Die Gipsform wird mit Inhalt gebrannt. Aus dem Feuer befreit, zwischen den Oeffnungen der abgeblätterten Gipsschale erscheint ein Körper. Entstehung einer Hülle aus Ton. Es verbleibt keine Spur der Verarbeitung. Annick Berclaz überschreitet zum ersten Mal den gewöhnlichen Massstab ihrer keramischen mit Tentakeln und Krakenaugen verzierten und mit einem aus der Meereswelt inspirierten Vokabular dekorierten Platten, Vasen und Schalen, und wagt sich in eine andere Grössenordnung. Ihre Blumen, Planktone und imaginären Mikroorganismen haben sich von den glasierten Oberflächen befreit, emanzipieren sich selber zu eigenen Körpern und treten mit dem Raum in einen Dialog. Erinnerung aus einem Gespräch: "Am Anfang träumte ich von einer Reise in einer Welt von einem3000-fach vergrösserten prähistorischen Blütenstaub". Obwohl die Arbeit der Keramikerin sich einzig auf die Sorge um das Material, seine Veränderung und Offenbarung durch das Feuer zu beschränken schien, auf ein Know-How also, stellt die Keramik mit installativem Charakter von Annick Berclaz ein plastisches Anliegen fern von jeder Gebrauchskeramik dar. Gewiss, der Schwerpunkt liegt auf dem Material Ton, doch die willkürliche Grenze seiner traditionellen Anwendung und das Ziel seiner Kreationen ist überschritten. Ihre Arbeit verweist auf eine in der zeitgenössischen Keramik anzutreffende formelle Sprache, den subtilen Uebergang zwischen den Welten der Keramik und der Bildhauerei. Simone Haack |
Perspectives '98 Ceramic Art Kara Art Home