Gregorio BOTTA : par Armande Reymond

Quelques matériaux simples suffisent à construire un univers poétique et vivant. Mais pour saisir le mystère d'une telle composition, il ne faut pas s'arrêter au support de jute, au morceau de fer, à la coulée de cire, à la fragilité de la tempera. II faut aller au-delà de ces éléments et chercher à savoir pourquoi ils existent ensemble, pourquoi ils deviennent les vecteurs d'une sensibilité, d'une énergie, d'un instant d'harmonie.

Chaque fragment de l'œuvre de Gregorio Botta est source d'équilibre, de calme. Les tons qu'il utilise sont ocres, bruns, rouges, gris, jaunes. Ils ne sont jamais durs, jamais dissonants. Ils sont présents sur la toile et pourtant, on finis par les oublier. On découvre alors qu'ils sont au service de formes géométriques simples comme le carré ou le rectangle et que ces figures, à leur tour, semblent surgir lentement de la matière picturale. A tel point d'ailleurs que le peintre doit parfois souligner la présence discrète de ces dessins, de ces architectures graphiques, par une ligne plus foncée, de couleur ou de texture différente, par une tige, un cadre ou une structure de fer agissant sur la toile comme la ponctuation dans un texte.

Remarquable leçon de poésie, de liberté et d'humilité, le travail de Gregorio Botta est une espèce de prière ou de chant. II court sur la ligne du temps sans chercher à le capturer ou à le blesser. Comme la flamme d'une bougie, il diffuse une lumière douce et chaude: celle qui accompagne les veilleurs dans leur méditation.


Armande Reymond
Genève, le 20 octobre 1994
(Catalogue de l'exposition personnelle à la Galerie Kara)

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