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par Jean Revol | |||
| ART DE DEBILES, DEBILES DE L'ART ? | ||||
ART EN PUISSANCE, ART EN IMPUISSANCE 5 / 9
L'immense panneau de Michel n'est qu'un trou
noir comme cette feuille blanche que Jo le mongolien a
fait proprement disparaître à force d'y écrire plus de huit
heures de suite son nom superposé à l'infini. Mais il est
également vrai qu'ils ont connu tous deux quelque chose
dont Soulages, Tal Coat, ou Yves Klein - qui n'ont
même pas disposé de leur intelligence « cette petite chose
à la surface de nous-mêmes » que pour ridiculiser celle
des autres - ne se sont jamais approchés. Ils ont toujours
joué avec la matière en l'humiliant. Cette matière, ils
n'ont pas su la dynamiser parce qu'ils n'ont pas su s'y
investir. Michel et Jo ont été absorbés, saisis par la
matière et celle-ci les a restitués, ici comme la mer un
cadavre, là comme la baleine Jonas. L'intelligence de la
matière les a utilisés comme de purs instruments ; ils
n'ont été que l'écho aveugle et sourd de cette force de la
terre qui est aussi un pouvoir de création et de
sublimation, un effort vers l'esprit, le premier de tous et
le plus élémentaire : celui qui saisit l'homme et, lui
murmure de très loin « tu peux être aussi cela ». La mort
spirituelle a été traversée comme une eau profonde,
même si cette traversée ne se traduit que par une
dépression légère autour du point d'impact : ce point
zéro qui - exactement à l'opposé de l'espace que
Jean-Pierre Raynaud a baptisé du même nom - ouvre
dans le mur du temps cette même brèche que les Buren et
les Raynaud de toutes sortes s'obstinent à fermer.
Toute conception est originaire dès lors que sont acceptées, assumées, ces limites qui nous définissent chacun, qui nous distinguent de la masse originelle d'expression indifférenciée. Ces individus oubliés à eux-Mêmes - aliénés à l'aliénation s'efforcent désespérément de retrouver leur moi enfoui dans la nuit des temps. Aucune création n'est une donnée immédiate de la conscience. Chacune est une conquête de l'esprit. La dimension de l'art est toujours triple: C'est celle d'un langage qui se superpose à une pensée qui elle-même se superpose à la réalité et à la vie comme l'ordre de la musique au champ de l'audition commune. L'art, c'est d'abord la constitution d'un univers mental, et non sa ruine. C'est la pensée du réel, substituée à la vie immédiate. Certes la ligne tracée sur le sable peut conduire à l'écriture comme à l'image ; elle est riche de toute la puissance d'évocation plastique, de toutes les promesses du signe. Encore, de la forme ou du signe, ne peut-on revenir à cette ligne, confondre le point de départ avec le point d'arrivée. Ces promesses ne seront tenues que si ce pouvoir est mis en oeuvre, dans la seule mesure où cette ligne s'accepte pour ce qu'elle est : figure de relais, véhicule et prélude au plus élémentaire des pressentiments esthétiques. Nous ne savons que trop l'immense fragilité, la vulnérabilité de ce sentiment, toujours plus vaste que son expression organique et monstrueusement disproportionné par rapport à celle-ci. Combien de médiocres et d'imposteurs se sont-ils cantonnés dans ces failles, s'en sont habilement prévalus pour justifier la faiblesse - voire l'inanité - de l'une par le mystère de l'autre. |
Début du livre Chapitre 5 : Art en puissance, art en impuissance Page 1/9 Page 2/9 Page 3/9 Page 4/9 Page 5/9 Page 6/9 Page 7/9 Page 8/9 Page 9/9 1. Introduction 2. En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier 3. Galerie de portraits 4. De l'image au personimage 5. Art en puissance, art en impuissance |
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