Contemporary artists par Jean Revol   
 ART DE DEBILES, DEBILES DE L'ART ?



ART EN PUISSANCE, ART EN IMPUISSANCE
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Nous sommes bien loin des « Bramaturges », (ce mot de Pierre Alechinsky s'adresse à Bram Van Velde) des Palimpsestes de Georges Noël aussi creux et lisses que du formica, de ces chimères de Fromanger dont nous n'aurons même pas à nous défaire... Elles se défont d'elles-mêmes. Nous sommes devant des images premières à travers lesquelles se reconstitue un « moi » oublié un moi enfoui, hors du champs individuel. C'est exactement le contraire d'un Bram Van Velde abdiquant volontairement sa personnalité et les moyens qui pourraient lui être propres. Chaque occasion donnée de maîtriser un matériau nouveau est également celle de maîtriser un phénomène et c'est chaque fois l'enrichissement d'une expérience nouvelle et d'un espoir nouveau. Même non réalisé sur le plan esthétique, c'est le signe de la grâce, non point fantaisie arbitraire ou abandon au geste périmé, mais présence au sein de l'esprit et tension extrême en quête d'une forme. La force de ces images, c'est leur volonté de communiquer, leur immense appel vers l'imaginaire. Où est la débilité, sinon dans cet espace désœuvré où se réfugient tous les Bram Van Velde, Degottex, Tapiès, loin de tout effort et de tout ce qui fait la dignité de l'homme : la lutte, la difficulté, voire l'échec ? Tout cela aboutit naturellement à « l'important c'est de n'être plus rien » de Bram van Velde ; c'est-à-dire, évidemment, tout. Alors on peut signer les montagnes, les champs, les mers aussi bien que laisser la toile blanche ou le cadre vide. On escamote le Pont-Neuf. On se fuit soi-même et sa responsabilité d'artiste. On est tout parce qu'on n'est plus rien.

Parmi nos créateurs en exil, nous avons trouvé beaucoup plus de Bram Van Velde, Debré ou Tapiès, que sur la scène culturelle à cette différence près - mais elle est de taille - qu'avec eux nous ne sommes jamais - comme ils ne sont jamais - dupes des apparences. A force de jouer les porte-parole de l'absolu, les artistes en sont venus à se prendre pour l'absolu en personne. Or nous savons bien que l'absolu théorique de tout art ne peut être que son propre concept et sa propre négation. Si tant d'artistes se sont complus à l'errance et dans l'erreur, cet égaré dans l'art qu'est le Personimage ne se perd jamais en détours inutiles. Il va au plus pressé qui est l'essentiel, parce que pour lui l'apparence n'existe pas. Etant donné la balance spécifique de ses manques et de ses ressources, la nature de son imaginaire infiniment plus complexe qu'il n'y paraît, l'image se transmet dans son abstraction même. Est-ce parce que son intelligence ne dispose pas d'un pouvoir d'abstraction lui permettant d'user de la métaphore comme d'une figure de réthorique que, précisément, tout lui est métaphore ? En fait, n'est-ce pas précisément la complexité de son imaginaire - que l'on retrouve particulièrement définie dans le graphisme des mongoliens qui lui tient lieu de pouvoir d'abstraction ?


Marie-Jo  "Sans titre", 160 x 75 cm





Serge Poliakoff  "Composition", 1962, 81 x 100 cm
Ainsi affiche-t-il à l'égard de l'image une étonnante liberté, doublée d'une conscience très scrupu- leuse en ce qui concerne sa véracité. Nous avons souvent constaté que, même - et surtout - s'il ne sait pas écrire, il fait coïncider très spontanément le sens et le poids d'un mot avec une forme et une couleur ; il en fait une substance, et même une substance mère, si nous nous en rapportons à cette maison - premier dessin d'une mongolienne de 18 ans - qui, forme et couleur réunies sous un épiderme velouté d'une densité étonnante apparaît comme le principe même de toutes les rêveries, de toutes les nostalgies, de tous les enfants et de tous les poètes à propos de la maison.


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Marie-Jo  "Sans titre", 80 x 120 cm

Frankie, pas plus que Nicole ou Jean-Luc ne sont conscients_ des lois et des règles selon lesquelles ils travaillent. Pourtant elles existent, elles régissent absolument tous ces travaux comme si étonnamment symbolisées par le dessin de Frankie : le match de football - elles couvraient l'ensemble des ateliers à la façon d'un énorme jeu de l'oie que nos artistes parcourent chacun à son allure, parfois bloqué sur une case stérile ou même renvoyé à la case départ. Dès lors qu'il s'est engagé - et même s'il ne gagne pas, car il y a peu d'élus - il suit la même voie que le gagnant et, quelque part, il cesse d'être joueur pour s'intégrer à la matière et à la nature même du jeu, il devient jeu lui-même et enjeu. Comment expliquer que devant le même étalement d'eau apparemment dormante Olivier Debré ou Michel L. - nous n'ayons là qu'une surface et là une profondeur, si ce n'est qu'ici c'est le rêve qui incarne et réfléchit le rêveur et là exactement le contraire ? que s'il y a une eau dormante au fond de chaque mémoire, il ne suffit pas d'accumuler les eaux pour la mémoriser ? Seul peut refléter dans toute sa pureté cette qualité impondérable de la vie intérieure un miroir dont la pureté est déjà intériorisée. Sans l'ombre d'un doute, plus l'eau est profonde, plus le miroir est clair. Il faut déjà revenir à la surface, au présent, à l'action, revenir au monde réel pour le doubler d'une volonté de puissance.



Début du livre

Chapitre 5 : Art en puissance, art en impuissance
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1. Introduction     2. En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier
3. Galerie de portraits     4. De l'image au personimage     5. Art en puissance, art en impuissance


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