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par Jean Revol | |||
| ART DE DEBILES, DEBILES DE L'ART ? | ||||
GALERIE DE PORTRAITS 9 / 12 On voit aisément se développer ce double mécanisme du premier dessin de joseph W. : « la Verrière » jusqu'au grand « Portrait d'Aïcha », chez Frankie du « Match de Football » jusqu'à la série des grandes « Montées chez Chomo », chez Andréa depuis les premiers paysages nimbés de séductions légères jusqu'à la dure présence des « Fenêtres ». Entre cette double postulation à l'analyse abstraite et à l'imagerie figurative, nous suivons le mouvement de l'esprit vers l'objet qui, de son côté, agit comme un aimant sur toutes les impulsions, les regroupe et les aide à redéfinir à son tour le sujet. Dans sa première « Verrière » Joseph W. s'est aliéné le réel en lui imposant ses signes propres, ses symboles intimes. Puis les.têtes de cheval, de lion, de serpent, de poissons - qui grouillaient dans «la Verrière » comme des microbes sous un microscope - ont été digérées à leur tour et ont travaillé à la fabrication du réel. Sans doute est-ce le fait d'une déconcertante liberté intérieure si les contraires se retrouvent imbriqués de si près qu'une valeur négative engendre spontanément une valeur positive. Toute signification du réel fait lever un monde inextricable de signes. Plus nous pénétrons dans le psychisme du Personimage, plus nous vérifions son acharnement à maintenir le sujet - le seul ; lui-même - au centre de tous ses intérêts, de toutes ses énergies vitales ou créatrices, précisément parce qu'il n'existe qu'à la façon d'une abstraction, une entité diffuse dans tout ce qu'il voit, dans tout ce qu'il suit. Est-il possible d'oublier la réaction de joseph W. devant les oeuvre de Chomo, lors d'une visite mémorable du groupe au sanctuaire Préludien ? Littéralement hagard, il passait d'un lieu à l'autre d'une sculpture à une peinture en criant « moi, moi, moi ». Il s'était retrouvé comme le héros de Gogol, le Tchitchikov des « Ames mortes » dans sa prison. Il avait pris conscience de sa différence et la proclamait en une impressionnante affirmation de soi. Il se livre à la même affirmation dans chacune de ces peintures même lorsqu'il se supprime comme dans le portrait de Aïcha. ![]() Joseph W. "Portrait de Jean Revol à la pipe I" 150 x 100 cm Il est l'artiste uni consubstantiellement à son modèle, tout ensemble par une bien étrange communion spirituelle et par l'intensité physique d'un mimétisme effréné. Le double miracle d'une spontanéité créatrice et d'une identité non personnelle, un pouvoir étonnant de sympathie symbolique le poussent dans la profondeur de l'être et des êtres. Nous retrouvons cette contradiction propre au Personnage et à l'artiste, d'une volonté qui ne saurait être hors de soi sans se perdre et qui cependant n'est rien si elle n'est tout, c'est-à-dire hors de soi. N'est-ce pas la contradiction essentielle du destin et du devenir, de la transcendance, et de l'immanence ? Voyez comment joseph a construit le grand portrait de Aïcha. La façon dont la forme s'édifie et s'organise de l'extérieur - exactement comme un architecte relève un plan ou pratique une-coupe - devient le symbole de sa propre organisation. Il s'y enveloppe comme dans un vêtement ; il s'y dresse, triomphant, comme dans une coulée de bronze. Pourtant nous sommes confrontés à une forme très générale, à mi-chemin des stéréotypes que joseph pratiquait à ses débuts et de ces Christs découpés et polychromes qui ont fermé le Trecento. Il en va de même de toutes ces grandes figures que joseph W. a dressé l'une après l'autre - Johnny Halliday, Tarzan, la femme dans le métro etc. - sur l'écran démesuré de sa vie affective. Toutes superposent le geste rigide de l'amour crucifié à cette attente immobile et hiératique des géants oubliés de l'île de Pâques. Pour en revenir au portrait de Aïcha le visage a été frappé en premier ; sur le néant de la toile blanche en quelques traits de pinceaux. Ensuite s'est développée la prolifération des formes secondaires qui loin de le noyer, le rehaussent, comme la figure même de ce néant originaire. Il n'en est pas moins le visage de Aïcha, âme de ce tableau dont la vie organique s'est refermée - comme celle du « Portrait ovale » de Poë - sur celle de son vrai modèle, joseph lui-même. Du reste, il s'était placé à côté d'Aicha, comme un enfant près de sa mère somptueuse, puis il s'est effacé... il reste cette tache bleue qui recèle l'énigmatique mémoire et l'éternel amour de joseph. Si nous en croyons Estève, il pourrait bien s'agir de l'Artiste, tel qu'il ne cesse, en lui-même, de se changer.
Du double portrait de Jean Revol à la pipe, il faut
préciser qu'il n'est tel que parce que joseph en a réalisé
deux états bien distincts qui n'en sont pas moins une
seule et même image, projetée et suspendue dans le temps
et l'espace intérieurs, tel un hologramme mental. C'est à
notre demande que joseph a pratiqué sur cette image une
sorte de vision en coupe - une tomographie dans
l'épaisseur spirituelle - qui l'a ramenée à son point de
départ sans rien abdiquer des acquis de l'achèvement.
Avec ce portrait, joseph s'est visiblement confronté au
mythe qui incarne tout ce monde d'invention et de liberté
apporté par la peinture. Comme il lui faut toujours des
visages pour « figurer » ses sensations et que tous les
visages ne font jamais que se superposer au sien, il a fait
de ce portrait une création exubérante, un véritable feu
ou jeu d'artifice, mystère qui ne dissimule que ce qu'il est
en réalité lui-même: un sphynx plein d'humour. Il a
préludé en couvrant toute la surface d'un graphisme
raffiné, complexe, extrêmement décoratif - à la façon de
Hundertwasser - mais hanté, habité à la façon de Wols.
Et là il réconciliait déjà deux contraires. Il en a clairement
désigné la signification et la construction. Dans la partie
supérieure, nous avons le visage : la pipe et le nuage de
fumée. Plus bas, le buste. Par la suite joseph a recouvert
toute cette infrastructure d'un écran de peinture qui, très
curieusement, rétablit un rapport à deux dimensions.
Tout un monde a ainsi sombré, tout un code mental de
vision, tout un organisme vivant dont le circuit des
aponévroses, des ramifications nerveuses s'est recouvert
d'un manteau de chair. Et voilà que, le tableau fini,
devant la nostalgie que nous ne pouvions dissimuler de
cette disparition, joseph a fait le miracle. Il a enlevé le
manteau de chair et rappelé à la surface, tel l'intérieur
d'un écorché, l'apparition première ; il a refait son dessin
sans la moindre difficulté en y ajoutant la séduction de la
couleur.
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