Contemporary artists par Jean Revol   
 ART DE DEBILES, DEBILES DE L'ART ?



GALERIE DE PORTRAITS
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Frankie G.  "Les fenêtres", 50 x 65 cm

Les mongoliens, au contraire, se situent dans un monde de rythmes et d'intuitions. Aussi se retirent-ils dans l'abstraction pour y découvrir la formule souve raine, propre à construire autour d'eux une distance - une défense ? - protectrice. Tout effort d'abstraction n'est-il pas un acte inconscient de défense ? Avant de choisir l'objet à peindre, joseph ne manquait jamais de mesurer son importance et le danger qu'il pouvait présenter. De même, l'acte d'abstraction de Frankie, de joseph W. ou d'Andrea est toujours précédé d'une projection inconsciente qui semble conjurer dans l'objet, des contenus négatifs, le désintégrer, le dépersonnaliser. Ensuite, ils reconstituent l'ensemble avec les morceaux remâchés, digérés, assimilés en profondeur. C'est le jeu complexe des extra et des introversions qui s'interfèrent. Le mongolien a une vision globale et préalable qu'il veut inconsciemment préserver contre les assauts du monde extérieur. Ce réflexe s'assimile à celui de l'introverti qui, du fait de sensations trop fortes, éprouve un sentiment de dépossession et d'angoisse. Son langage abstrait, le mongolien l'utilise pour retenir dans les limites d'un concept général l'irrégulier et le mouvant. Il semble régi par un immense besoin de calme intérieur. Le bonheur qu'il demande à l'art ne consiste pas tant à se plonger, ou à se chercher dans les éléments du monde extérieur qu'à se savourer soi-même en eux, à dépersonnaliser chaque objet particulier, à l'éterniser dans ses formes abstraites, à découvrir un point d'arrêt dans la fuite des phénomènes et la confusion du monde. D'où cette immense sérénité de leur peinture, cette valeur magique qui se superpose à l'esthétique toutes les fois qu'ils atteignent leur but.


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Joseph W.  "Johnny Halliday", 150 x 100 cm

Chaque atelier comporte un important contingent de mongoliens. Nous allons parler de Christiane L., de Marie-Line. Mais surtout de joseph W., Frankie, Andrea. Cette forte concentration de mongoliens nous a permis de constater qu'ils sont détenteurs de ce même style des débiles profonds, mais avec une série de nuances qui les fait échapper souvent à toutes sortes de quotations. D'abord leur simplicité et spontanéité naturelles, leur confiance, facilitent le contact et la stimulation. Ils ressentent très fortement la joie de créer et sont généralement satisfaits de leurs oeuvres, les commentent et les exhibent volontiers. La dépendance douce et attachante des débiles profonds exige un contact très particulier qui relève davantage de la confidence ; la relation avec les mongoliens relève davantage de la complicité.

Ils utilisent la surface totale qui leur est offerte et l'emplissent à craquer. Ensuite, ils établissent un tracé graphique - parfois extrêmement complexe et fouillé - sur lequel ils vont faire jouer de multiples surfaces colorées sans pour autant perdre le fil du plan initial ; c'est, au contraire, le jeu des couleurs qui donne l'équilibre organique de la composition générale. Les couleurs ne sont ni réalistes ni arbitraires ; elles ont un pouvoir d'expression en elles-mêmes et se situent réciproquement. Aussi faut-il remarquer, chez eux, l'évolution très particulière et rapide des formes pri- maires : la maison, le bonhomme, le bateau, l'arbre ; évolution double et réciproque; la maison, le bon- homme, à mesure qu'ils grandissent dans le fond-paysage, se composent avec lui, le reçoivent, l'assimilent. Il en résulte un symbolisme fond-forme qui semble reproduire l'effort intellectuel en vue d'établir la transmission de la pensée au geste, du geste à la forme. Rappelons aussi que la plupart de ces compositions échappent totalement à la notion de niveau intellectuel, oscillant sans cesse du puéril au plus complexe.


Au bout de quelques mois, il devint clair que les mongoliens - la révélation m'est venue d'Andréa - sont en possession d'une image préalable, d'une vision globale. Ainsi l'image interne se construit, se développe, s'enrichit au cours de sa formulation même et d'œuvre en œuvre, jusqu'à ne plus figurer, sur un écran imaginaire et géant, qu'une seule œuvre immense.


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Joseph W.  "Johnny Halliday", 150 x 100 cm

Pour ce qui est de la construction de l'espace, nos amis ne cherchent jamais la troisième dimension qui, visiblement, ne les intéresse pas. Par contre, leur construction interne de l'espace offre toute une gamme de ressources : plans rabattus, enchevêtrés, juxtaposés ; transparence et superposition. On rencontre souvent des personnages qui suivent - chez Frankie - la loi commune et participent dès lors à la composition générale ou qui s'imposent - chez joseph W. - comme un élément symbolique mais néanmoins, qui peut devenir le centre plastique de la composition. Ce qui n'est jamais le cas chez Andréa où le personnage est toujours placé sur le côté comme un donateur.



Début du livre

Chapitre 3 : Galerie de portraits
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1. Introduction     2. En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier
3. Galerie de portraits     4. De l'image au personimage     5. Art en puissance, art en impuissance


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