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par Jean Revol | |||
| ART DE DEBILES, DEBILES DE L'ART ? | ||||
GALERIE DE PORTRAITS 5 / 12
![]() Colette H. "Le coq et la poule", 50 x 65 cm Et ce « chat », étrangement humain, comme Colette l'aurait aimé, s'il eût été homme ! Elle le raconte, elle l'imagine, elle le caresse de paroles. C'est le Prince Charmant sous sa forme enchantée. Sa girafe, sa vache sont enceintes et elles vont faire leurs enfants à la cave... Et ce cochon rose, dont la queue en tire-bouchon dépasse juste d'un arbre ? C'est moi et, à côté, il y a Aïcha qui pleure. Sans doute suis-je encore puni pour un crime encore plus inavouable dont les larmes de Aïcha - une grosse flaque à ses pieds - sont le fruit. Tous ses dessins supposent un avant ou un arrière-plan vécus qui les enracinent au-delà ou en-deçà du réel. Chacun ouvre sur une perspective immature qui attribue au sujet une existence double. Au cours de l'évolution, vers la maturité, cette dualité ne manque pas de s'unifier. Mais il n'est que trop évident que, pour Colette, un accomplisse- ment humain passe par l'accomplissement sexuel. Elle est à la fois la Belle et la Bête ; sans doute est-ce pourquoi, sous le couvert de l'humour, elle se représente inlassablement sous des formes animales. Parviendra-t-elle à cette maturité que toute son énergie - et une étonnante santé - réclament ? Pourra-telle découvrir, comme dans le conte, tous les secrets - le grand Tabou - et la vraie nature de la Bête enfin réconciliée ? Comme joseph T. avec ses personnages zoomorphes et ses animaux humanisés, Colette illustre dans ses dessins la cicatrice toute fraîche qui sépare - encore - les deux natures animale et humaine. C'est la protestation d'une sexualité immature et frustrée. Colette se regarde et s'interroge dans ses propres dessins comme dans un miroir magique ; derrière cette image, c'est tout le tumulte intérieur de son esprit qui, de temps en temps, craque et s'épanche en propos agressifs, quand ce n'est pas en crises violentes. On voit bien ce qu'essaie de réaliser Colette : le transfert sentimental - et sexuel - dans un objet d'un contenu psychique, afin de s'y sentir elle-même incarnée. C'est pour l'instant le seul accomplissement à sa portée. C'est pourquoi elle multiplie ces autoportraits déguisés. C'est pourquoi elle est tout d'abord incapable d'aborder les formes inorganiques et abstraites qui s'esquissent - troncs et ombres portées ou encore murs, chemins géométriquement simplifiés - dans ses derniers dessins. Malgré ses problèmes, sa relation avec le monde est animiste, confiante. Elle n'est pas loin de joseph T. chez qui l'humour corrige l'angoisse, mais à l'opposé des mongoliens dont la tendance à l'abstraction dénonce la grande solitude face à un monde où ils sont des étrangers et une vision fortement transcendantale. Reste à savoir jusqu'où, à quelle profondeur, peut aller Colette au moyen du dessin. Jusqu'à se mettre en paix avec elle-même ? Nous savons déjà combien elle a pu évoluer en peinture, et presque contre son gré. Elle enrageait de ses progrès, tant la catharsis que lui apportaient ses petits animaux la comblait. Effectivement, avec « la girafe » et surtout « l'éléphant » - premier tableau à l'huile -, elle s'éloigne à grands pas de l'anecdote. Elle continue à se raconter des histoires : mais elle le fait avec les moyens de la peinture. Le coq, la poule et le cochon étaient encore des mots en images. Le virage s'est très nettement amorcé avec l'initiation à la peinture. Le matériau, de par ses difficultés, a obligé Colette à se plier à lui, à s'exprimer autrement. Elle ne l'a pas accepté sans fureur ! Ce premier tableau a été fait, lui aussi, dans la colère. Après avoir pénétré dans ce second cycle, Colette semble ralentir son rythme. Elle bute moins sur l'image que sur le sens à lui donner, indispensable pour elle. Alors, ou bien elle se réfugie de nouveau dans l'anecdote, mais sans y retrouver son plaisir premier ; ou bien elle s'acharne, se met en colère, doute d'elle-même, et surcharge d'autant. Nous nous sommes séparés en pleine évolution difficile, à l'heure où elle avait le plus besoin d'aide et de soutien. Séparation d'autant plus brutale qu'elle n'était désirée de part ni d'autre. Il faut bien rappeler que si les handicapés - aussi personimages soient-ils - dépendent de leurs diverses autorités de tutelle, nous mêmes dépendons des subventions qui nous sont accordées. Colette se situe au centre d'un monde qui ne peut vivre et prendre forme qu'à travers son sentiment personnel. Elle donne généreusement sa confiance là où joseph T. donne sa méfiance et s'efforce de neutraliser l'objet, de le vider, de lui ravir son activité propre pour lui substituer ses propres contenus subjectifs. Colette suit l'objet et la forme dans leurs avatars et leurs métamor- phoses. Joseph T. cherche à se mouler dans l'objet, à l'éprouver en lui. Il le dévalorise selon la peur qu'il en a. Le jeu cesse aussitôt qu'il se tourne vers l'extérieur. Lorsqu'il peint l'atelier, ses camarades, le réflexe et le recul inconscients qui neutralisent le contact effectif n'a pas lieu. Joseph T. est rassuré ; il n'a pas à choisir, à s'engager. |
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