Contemporary artists par Jean Revol   
 ART DE DEBILES, DEBILES DE L'ART ?



GALERIE DE PORTRAITS
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Au centre de beaucoup de ses tableaux - par exemple : « la ville » « la veillée » - on retrouve une horloge de grande dimension : et cette horloge - idée que nous aurons l'occasion d'approfondir avec les mongoliens - est aussi une expression de l'inconscient comme « perpetuum mobile » : un attribut métaphysique qui, toujours au milieu de la composition, semble imposer à la personnalité un autre centre que le moi, puisqu'au contraire de celui-ci, il possède la qualité du temps arrêté : l'éternité. Joseph T., essaie toujours de construire ou déterminer un centre objectif, extérieur à l'obsession du sujet. Son affirmation 'paradoxale serait à peu près ceci : l'éternité appartient à l'éphémère ; les formes qui passent sont celles qui échappent au temps. Le sens très aigu que les mongoliens ont du temps s'inscrit exactement à l'opposé. Frankie construit ses tableaux comme les Aztèques leur calendrier. Le temps c'est la vie même, recomptée à chaque minute.

Parfois, joseph T., se tourne vers l'extérieur, vers la vie qui l'entoure : il peint le « double portrait de Roger » ou le groupe de ses camarades autour de la table de travail. Alors, l'espace se vide de toute cette énergie hostile qui le hantait, et vibre davantage. L'humour revient en force, plus débonnaire, sans crispation ; notre ami a échangé sa culpabilité fermée sur elle-même contre une ingénuité grande ouverte sur l'extérieur. Aussitôt qu'il repart sur un thème « choisi » - donc abstrait - joseph T. retrouve cette culpabilité comme une donnée de sa conscience intérieure et se replonge en lui-même pour chercher une réponse à cette question fatidique.


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Joseph T.  "Les musiciens", 150 x 200 cm

Mais il est également remarquable que, de plus en plus - et surtout dans ses grandes peintures : « le Football », « les musiciens », « le théâtre » etc., joseph T. anime sa surface, suggère des plans différents, cherche à retrouver le volume, élément essentiel de la sensualité plastique ; il cherche même - voir « les joueurs de football » et « les musiciens » - à suggérer le mouvement. C'est le renoncement à l'abstrait, l'acceptation d'être vivant dans un monde vivant ; c'est l'amorce du processus d'individuation. Nul doute qu'il ne l'ait amorcé en se tournant vers l'extérieur pour le peindre, rusant ainsi avec son inconscient. Peut-on espérer de l'usage prolongé de la peinture qu'il permette à joseph d'acquérir enfin la conscience des formes fixes et stables (sorte de vocabulaire personnel) sans que les formes ne cessent pour autant d'exprimer la tension inconsciente dont le travail ne cesse d'anticiper sur les modifications de la conscience. A mesure que le débit s'accélère, le vocabulaire est tenu de s'enrichir et joseph doit puiser dans l'inépuisable réservoir d'images que lui offre le monde extérieur. L'inconscient se trouve singulièrement désarmé devant une forme qui a perdu sa valeur symbolique. C'est un long déplacement de l'image intérieure vers l'image vivante. Mais, à l'heure actuelle, dès qu'il n'est pas soutenu et stimulé de façon active, joseph T. retombe dans son premier et pauvre vocabulaire ; et nous voyons à nouveau s'aligner sur la feuille la maison, le bateau, les dés à jouer, le drapeau français et surtout les grands oiseaux noirs. Encore ce même joseph T. qui, lors de ma dernière visite au C.A.T. - et comme je lui reprochais de n'avoir même pas terminé la peinture commencée avant mon départ - m'a répondu avec un pauvre sourire : « Mais la peinture, c'est toi ».


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Joseph T.  "Double portrait", 150 x 100 cm

Proche de joseph T. - moins le tragique - et beaucoup plus psychopathe que débile, Colette H. cherche aussi l'enracinement des formes dans le réel. En dessinant, Colette se raconte des histoires. Curieusement, toutes ces histoires se ramènent plus ou moins au mythe de « la Belle et la Bête », indéfiniment remanié pour ses propres besoins. Nous avons déjà évoqué l'un de ses premiers dessins. Aïcha et moi sommes présentés sous la forme d'une poule et d'un coq et encadrons la monitrice du groupe, sous son apparence réelle. Pourquoi Aïcha et moi sommes-nous figurés ainsi ? Par pure fantaisie ? Certainement pas. Il y a d'abord une allusion sexuelle Colette nous considère, Aïcha et moi, comme un couple ; nous sommes punis, sous cette apparence animale, d'abord parce que nous sommes un couple - toujours l'interdit sexuel ! -, ensuite parce que, venus de l'extérieur, nous avons pris son groupe à la monitrice. « Pauvre madame J. ! », disait Colette en la dessinant. Ceci ne fait que refléter un petit drame de la jalousie affective qui s'est produit, plus ou moins aigu, à peu près dans tous les C.A.T. Venus de l'extérieur avec un appareil de séductions rien moins qu'orthodoxe, nous dépossédons l'équipe locale. Combien de fois l'attitude des directeurs ou moniteurs à l'égard de la peinture n'a-t-elle été motivée par cette réaction affective... et cela n'échappe nullement aux pensionnaires.



Début du livre

Chapitre 3 : Galerie de portraits
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1. Introduction     2. En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier
3. Galerie de portraits     4. De l'image au personimage     5. Art en puissance, art en impuissance


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