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par Jean Revol | |||
| ART DE DEBILES, DEBILES DE L'ART ? | ||||
EN QUÊTE DES « PERSONIMAGES » CONSIDÉRATIONS SUR L'ATELIER 7 / 10 Les couleurs des feutres chantent de toute leur fraîcheur acide : mais la composition reste sommaire, axée sur le ballon central comme une mandala orientale. Nous avons compris qu'en agissant sur la forme, nous agissons directement sur le contenu. Et c'est ainsi que la plupart, passant d'un matériau simple (le feutre) à un matériau plus complexe (le pinceau) changent, non seulement de style, mais d'accent et font preuve de leur disponibilité infinie. Dans tous les cas, une fois le premier résultat obtenu - souvent avec une facilité qui relève de la grâce - il reste à accomplir un travail énorme. Comme chez tous les artistes, la grâce ne joue qu'une fois. Ensuite il s'agit de prolonger l'effort original, de le développer, de l'approfondir. L'atmosphère de fête s'est très vite créée ; et elle s'est maintenue sans failles durant toute cette année, s'approfondissant en un climat riche de concentration et de densité, se doublant d'une expérience pleine de gravité. Les formats se sont agrandis : les murs se sont couverts de peintures tandis que reculaient puis disparaissaient les petites images édifiantes. Parallèlement, propos et confidences allaient bon train : on apprenait à se connaître, on devenait amis. Les plus « légers », les plus proches de la « norme » qui craignaient de perdre, sur un plan où ils se sentent inhibés et inférieurs, leur supériorité fallacieuse, persistaient à refuser la peinture. Néanmoins, celle-ci s'intégrait de plus en plus à la vie du C.A.T. Et c'est déjà une réussite en soi que d'avoir imposé une activité considérée comme ludique dans un espace de travail, dans un lieu où le handicapé est censé devenir un robot économique, orienté vers l'utile envers et contre tout ce qui fait son propre système énergétique et psychologique, ses vraies fins vitales. L'atelier a tenté de les pousser à créer de leur propre exigence le moment et le milieu qui leur sont nécessaires. C'est pourquoi notre groupe s'est toujours gardé de toute structure immobile : il s'éprouvait incessamment. C'est ainsi que s'explique notre climat de haute pression. Certains jours, les oeuvres tombaient sur nous en avalanche. Le recul permet de mesurer leur caractère d'urgence. C'était l'explosion de tous les contenus psychiques qui ne pouvaient trouver place dans l'étroitesse étouffante du C.A.T. L'observation et l'analyse du comportement de chacun à l'atelier complète et approfondit l'observation du comportement quotidien. La façon dont chacun attaque sa feuille blanche, le choix de ses couleurs, de ses formes, le rythme de ses gestes, son autonomie ou son perpétuel recours à autrui, ses automatismes, ses interprétations, ses commentaires, et jusqu'à ses blocages, autant de renseignements précieux sur les personnalités mises en cause. De plus, la peinture se crée dans le temps qui, dans une large mesure, pour les débiles, se substitue à l'espace. Les rushes filmés par l'équipe de l'I.N.A. - plus que le film lui-même achevé et composé selon un plan qui ne suit pas forcément la ligne d'évolution de nos peintres - s'avèrent dans ce sens des outils très remarquables : ils nous retracent les attitudes successives et les états de l’œuvre, les élans, les craintes, les renoncements que l’œuvre achevée recouvre souvent comme un palimpseste. Parfois, on peut encore lire, dans la trame du matériau, les hésitations, les reculs. Si mongoliens et débiles profonds vont de l'avant avec une confiance et une sûreté qui relèvent de la voyance, les handicapés plus légers subissent tous les assauts de leur conscience critique qui maintient ses principes infantiles comme un écran face aux révélations. Nous voyons dans le film joseph W. peindre la moitié de sa toile totalement, et, d'un seul coup de pinceau, la raccorder à l'autre. Nous voyons F. procéder par découpages successifs de son tableau, Andréa modifier la matière, la résonance, mais jamais l'ordre de ses couleurs. Par contre, les plus « conscients » vont à droite, à gauche : ils doutent, hésitent, parfois jusqu'à la souffrance. Leur œuvre possède rarement l'unité, le caractère de génération spontanée de celle de leurs frères plus affligés, et il faut le travail énorme de Martine D. (La ville) ou toute la fraîcheur et l'humour de Colette pour retrouver la cohérence de l'image. |
Début du livre Chapitre 2 : En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier Page 1/10 Page 2/10 Page 3/10 Page 4/10 Page 5/10 Page 6/10 Page 7/10 Page 8/10 Page 9/10 Page 10/10 1. Introduction 2. En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier 3. Galerie de portraits 4. De l'image au personimage 5. Art en puissance, art en impuissance |
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