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par Jean Revol | |||
| ART DE DEBILES, DEBILES DE L'ART ? | ||||
EN QUÊTE DES « PERSONIMAGES » CONSIDÉRATIONS SUR L'ATELIER 4 / 10 Ce n'est que plus tard qu'ils oseront s'attaquer à Aicha*, puis que commenceront les interminables séries de leurs propres « mariages ». Le temps viendra où nous les compterons par douzaines. Les transpositions, les mises en situation donnent la mesure de l'imagination et du pouvoir d'abstraction, indiquent le degré d'enracinement de l'imaginaire dans le réel. Le mari d'une monitrice est représenté dans son bain, un autre disparaît sous une énorme paire de moustaches, un autre apparaît sous la forme d'un cochon. Plus tard, joseph W. fera mon portrait figuré essentiellement dans une pipe, la volute de fumée parodiant curieusement le visage : Aïcha et moi serons représentés par Colette H. sous la forme d'un coq et d'une poule. Notons tout de suite que le handicapé n'est nullement dépourvu d'humour. Bien au contraire, il l'utilise couramment pour suggérer tout un arrière-plan de l'image qui correspond plus ou moins à toute la distance qui le sépare de la société normale. Il prouve ainsi qu'il est parfaitement lucide, à un certain niveau, de son originalité et de sa condition. Suzanne T. a représenté mon assistant tel qu'il était avec un humour et une psychologie qui relèvent de Courteline et de Dubuffet. |
![]() Francis L. "Portrait de Jean Revol et de Joëlle Ricol", 65 x 50 cm |
![]() Suzanne T "Portrait de Hassan", 65 x 50 cm |
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Notons aussi qu'à vivre et travailler avec les handicapés, on commence à réaliser ce que peut être la vie avec ou sans mythes. L'absence totale de mythes serait le déracinement absolu, sans aucune relation avec le passé. Le handicapé est au contraire l'enraciné total. Il habite une maison qui est la sienne, mais qui est celle de tous. Il vit une existence ouverte où sa volonté joue si peu qu'il se substitue sans arrêt à la mère, à la directrice, aux visiteurs. Il se marie, il est malade, il est mort, il est guéri. Toujours égal à lui-même, il est toujours ailleurs en transportant avec lui toutes ses racines, comme un arbre voyageur. En dépit du manque de communication, c'est la vie la plus extravertie qui soit, et que l'entendement personnel ne vient limiter nulle part. Inversement, il est partout chez lui et à l'aise. |
![]() Jean Dubuffet "Antonin Artaudaux houppes", 1947 100 x 70 cm |
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Les personnages que joseph W. incarne successive- ment - nous le verrons dans le métro, homme d'affaires pressé, compulsant ses carnets, policier surveillant les gens, puis gangster armé d'un ou deux pistolets ; nous le verrons au C.A.T., amoureux, puis frustré, révolté etc. - n'atteignent nullement son âme qui ne date pas de lui. Sa conscience individuelle n'est pas seulement le support des jeux que suscite son contact avec le monde extérieur. Ce n'est pas avec cette conscience qu'il crée. Le support ne coïncide avec la vérité que lorsque Joseph W. se replie sur le réseau des racines qui est à l'origine de tout. Ce sont alors les substructures enfouies dont nous retrouvons la signification vivante. * Mon épouse qui, m'assistant régulièrement à l'atelier, n'a cessé d'y symboliser le monde extérieur et particulièrement l'interdit sexuel. |
Début du livre Chapitre 2 : En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier Page 1/10 Page 2/10 Page 3/10 Page 4/10 Page 5/10 Page 6/10 Page 7/10 Page 8/10 Page 9/10 Page 10/10 1. Introduction 2. En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier 3. Galerie de portraits 4. De l'image au personimage 5. Art en puissance, art en impuissance |
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