Contemporary artists par Jean Revol   
 ART DE DEBILES, DEBILES DE L'ART ?



EN QUÊTE DES « PERSONIMAGES »
CONSIDÉRATIONS SUR L'ATELIER
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Songeons au déterminisme qui leur est imposé quant au choix de leurs options, négligeant avec un aveuglement singulier tout enrichissement qui échappe aux mesures d'ordre social. Nous retrouvons au C.A.T., sous une sorte d'idéalisme paternaliste et souvent insupportable, tout le rationalisme et le matérialisme qui ont caractérisé notre société depuis la fin du xixe siècle. De plus, il faut bien avouer que souvent l'amour des handicapés, chez ceux qui les entourent, s'adresse particulièrement à leur faiblesse. Et c'est alors corroborer leur inadaptation à la vie adulte, entrer avec eux dans le refuge d'un monde élémentaire et préservé, se couper - et contribuer à les couper de tout ce qui fait la dignité - voire la grandeur - humaine : la lutte, l'échec, la difficulté.

L'Atelier d'Art a tenté avant tout de créer une dynamique de l'ambiance - opposée à ce milieu qui finit par étouffer toute la vie - que l'on peut stimuler par le jeu de la compensation. L'interférence et les changements de milieu et de rythme enrichissent et renouvellent les personnalités défaillantes. Nous avons pu constater combien pouvaient s'avérer stimulants les nombreuses visites de l'extérieur comme le dépaysement propre à l'atelier. Il faudra bien un jour ouvrir les murs du ghetto et réaliser l'expérience en milieu ouvert sur laquelle nous n'avons pas encore eu la possibilité de déboucher. L'art est un terrain sur lequel les handicapés sont loin d'être inférieurs.

Selon notre conception de la vie, la santé se présente comme le bien le plus précieux et la beauté comme une forme supérieure de la santé. Si déshérité soit-il, tout homme éprouve le besoin naturel de se faire une conception de la vie, une idée de sa valeur, de se créer un but. Le handicapé n'échappe nullement à cette loi dont la formule la plus générale pourrait se ramener à savoir jouir de la vie. Cet impératif pose toujours une condition extérieure à l'individu et à sa volonté. Chez le handicapé, l'esprit ne peut se dégager de son immédiateté : et pourtant il réclame aussi une éclosion, une forme de vie supérieure. On peut considérer qu'il trouve dans la création ce qui apparaît comme l'un des traits essentiels de cette jouissance. L'esprit n'y est plus déterminé, mais immédiat : le don par excellence. C'est pourquoi, d'une façon générale, la peinture des handicapés ignore la tristesse, qui intervient avec le refoulement de cette immédiateté. Nous en arrivons à cette découverte bouleversante : les trésors et toute la gloire du monde seraient impuissants à apporter à de telles natures la joie qu'un simple mot, un geste, la découverte d'une couleur ou d'une forme suffit à leur donner. Une personnalité complètement formée ne peut éprouver ni traduire cette joie par laquelle le handicapé exprime spontanément l'enfant qu'il n'a cessé d'être. La volupté, entre autres, et l'ambition lui étant interdites, il n'a guère d'autres possibilités que la création pour dégager sa propre réalité de l'inconscience originelle, pour tendre à la maturité et à une forme de vie supérieure, pour se saisir comme esprit. La création lui permet de prendre conscience de cette vie confuse et profondément collective, puis de s'en dégager, de trouver en lui-même son explication. En cas d'échec, le mouvement s'arrête : et c'est le refoulement. La tristesse revient.

L'atelier devient une sorte de centre mnémonique où la vie se concentre, lien puissant entre la famille et le travail, les débordant tous deux, porte ouverte sur l'imaginaire.

A la racine de toutes les oeuvres se retrouvent les mêmes thèmes: la maison, le mariage, les animaux familiers, les derniers spectacles de la télévision : mais aussi l'environnement suffisamment sublimé dans l'espace intérieur pour évoquer à la fois l'imaginaire et le réel. Les maris des monitrices y ont un traitement de faveur, surtout chez les filles. Les hommes se contentent des monitrices elles-mêmes, de la directrice, etc. Les impulsions libidinales de chacun y trouvent leur compte, marquées par tout l'appareil de la hiérarchie, du respect et d'un humour bon-enfant. Ce n'est que plus tard qu'ils



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Chapitre 2 : En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier
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1. Introduction     2. En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier
3. Galerie de portraits     4. De l'image au personimage     5. Art en puissance, art en impuissance


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