| Yves Mairot |  
Les chemins de l'abstraction (2/3)
article réalisé par lartiste.net

Titien, peintre abstrait
Vers 1420-1425 dans l'entourage des frères Van Eyck, on invente un nouveau siccatif : l'huile de lin additionnée de thérébentine. Curieusement cette innovation n'engendre pas immédiatement de changement. Il faut attendre presque un siècle avant que Antonello da Messina diffuse cette invention à Venise et que Titien l'exploite avec une audace stupéfiante.

Abstract Art
Danaé-ap 1554 -TITIEN Kunsthistorisches Museum-Vienne
Il a en effet l'idée de se passer de l'apprêt blanc traditionnel et de recouvrir son support d'un fond sombre (sepia ou « sang de bœuf ») et obtient ainsi une totale inversion des valeurs : les claires vont apparaître en épaisseur, les sombres en creux.
A partir de cette révolution technique deux écoles vont coexister :

- la peinture lisse et plate,


Vierge à l'enfant -1465-
Filippo LIPPI - Musée des Offices- Florence

héritage des médiévaux, avec les florentins, qui évoluera vers l'académisme, et, à notre époque vers les surréalistes (Magritte, Delvaux, Dali…)


Mme Récamier de David -1951- MAGRITTE
Musée des Beaux-Arts- Ottawa


- la peinture qui inaugure le maniement plastique des couleurs, laisse la marque des outils et du geste (donc l'empreinte du peintre) dans les empâtements. La genèse de la toile se trouve ainsi inscrite dans la structure même du tableau. Véronèse, Fragonard, Rubens, Delacroix, Van Gogh , » l' abstraction lyrique » -Pollock, Tobey, l'école de Paris-Bazaine, Manessier, Soulages… illustrent cette évolution.
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Suzanne et les Vieillards -vers 1560- TINTORET Kunsthistorisches Museum-Vienne


Petit autoportrait -vers 1657- REMBRANDT Kunsthistorisches Museum-Vienne
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Autoportrait- 1887- VAN GOGH
Musée d'Orsay-Paris

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White Light -1954-
POLLOCK - MOMA - New-York

La nature morte, laboratoire de réflexion de l’art contemporain
Un autre exemple est également très révélateur de l’évolution d’une forme esthétique indépendamment de l’histoire sociale : il s’agit de la «nature morte».

Dans la peinture médievale, la serviette, le broc etc… tous les objets usuels sont des indices. Ils disposent d’un sens symbolique unaniment accepté : l’œillet dans un verre signale l’odorat, le crâne est l’image de la mort etc…

A l’époque classique, on joue largement sur le langage des fleurs puis, avec la montée en puissance de la bourgeoisie marchande, la « nature morte » symbolisera la richesse et la puissance financière des commanditaires.


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Grand Bouquet- 1595 BRUEGHEL DE VELOURS
Kunsthistorisches Museum-Vienne


A partir de ce moment là où les riches armateurs des Pays-Bas (aux environ du XVIème siècle) souhaitent faire exécuter, mieux que leur portrait, le portrait de leur richesse, les peintres, comprennent qu’ils tiennent un champ d’expérimentation extraordinaire, un lieu d’exercice privilégié de la peinture pure.

Aussi bien, en même temps qu’elle se constitue comme phénomène social, la « Nature morte » se révèle davantage encore comme phénomène de peinture pour la peinture, comme laboratoire de réflexion sur la création plastique.

Une autre détermination va renforcer cette tendance : l’apparition de la photo qui d’emblée conteste la fonction d’imitation de la peinture.

Autre détermination importante : l’apparition de la vitesse dans la vie quotidienne (chemin de fer, automobile, avion…) qui change nos données perceptives.

« La nature morte » va devenir le lieu géométrique de toutes les expériences du siècle : cubistes, futuristes, …


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Le Buffet-1920-BRAQUE- Collection privée


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