Saint Phalle, tarots, tarocchi, AcatosSaint Phalle, tarots, tarocchi, Acatos
FACE À L'ART paris est un collectif de peintres qui gère un site sur Internet : cinquante artistes choisis par des critiques et des peintres. C'est aussi une association ( 20 peintres) qui prend des initiatives dans le milieu de l'art. Ainsi elle a proposé " Collection privée " au Site de la Création Contemporaine du palais de Tokyo, à l'ARC et à la fondation de François Pinault. Augusto Foldi, Franck Longelin, Marie Sallantin et Pierre-Marie Ziegler forment le bureau de cette association et répondent à nos questions. La foire EUROP'ART 2002 accueillera FACE À L'ART paris avec l'exposition " Tête " présentée sur le site www.face-art-paris.com.

Pourquoi un regroupement de peintres ? Cette image, disons-le, de corporation, ne vous gêne pas ? N'est-elle pas en contradiction avec celle du peintre solitaire, préoccupé seulement du travail en cours dans son atelier ?
MS : Pas du tout ! Les deux sont conciliables et la solitude nécessaire à l'élaboration d'une œuvre n'est pas incompatible avec l'envie de croiser d'autres expériences, d'autres réflexions. Pourquoi vouloir à tout prix faire du peintre un moine ?D'ailleurs même les moines se regroupent ! Je crois que c'est le signe d'une ouverture que de se confronter à d'autres peintres. J'y trouve un stimulant ! Vous me direz qu'il y a des galeries, des foires, des salons, des expositions dans les centres d'art contemporain pour le faire. Eh bien ! justement ce qui me frappe aujourd'hui, c'est que les peintres n'y ont pas du tout la place qui devrait être la leur. Bien pis, au plus haut niveau, la peinture est aujourd'hui ignorée comme jamais (son absence dans les expositions " La beauté " et " Au-delà du spectacle "), lorsqu'elle n'est pas méprisée comme l'a montré l'exposition " Voilà " au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Et on s'étonne que des peintres se regroupent ? Mais c'est plutôt le contraire qui serait surprenant ! Récemment, un changement dans les mentalités se constate : dans " Le journal des arts " N°126 de mai 2001, Jean-Christophe Ammann, directeur du Musée d'art moderne de Francfort n'hésite pas à souligner que le divertissement n'a " rien à voir avec l'art " et considère la peinture comme étant à nouveau importante, parce qu'on lui donne le temps qui lui est nécessaire

FL : Corporatisme ? Ce sont les responsables institutionnels qui, sous des prétextes flous de nouveauté (par ex.), cloisonnent les pratiques artistiques en favorisant certaines d'entre elles au détriment des autres. Ce sont eux qui provoquent l'esprit de corps, en temps normal, étranger aux artistes.
Quoi qu'il en soit, dès lors qu'une pensée forte trouve nécessaire le regroupement comme moyen de pression et d'action pour être entendue, peu importent les dénominatifs que ses adversaires trouvent pour tenter de la disqualifier !
Aujourd'hui la peinture se fait et elle est bien vivante ! Or comme le souligne Marie Sallantin, elle n'est plus visible dans les grandes expositions officielles, où lorsque nos institutions daignent nous en monter un peu, leur choix s'oriente toujours vers celle qui continue à mettre en scène ses propres renoncements ! ce qui constitue une désinformation sur sa réalité actuelle !

C'est donc de la résistance ?
MS : Bien sûr ! A plusieurs, l'énergie trouve d'autres appuis que lorsqu'on reste seul.

PMZ : Oui et je trouve que le mot de résistance est très juste. Il me fait penser à la phrase de Sartre "on n'a jamais été aussi libre que pendant l'occupation allemande".

FL : Oui résistance et révolte. Révolte contre cette injustice faite à la peinture. Résistance contre ce déferlement de pseudo-événements culturels qui ressemblent plutôt à des vitrines promotionnelles pour nos sociétés libérales technico-économiques ou qui les justifient !

Que pensez-vous de la situation de la peinture aujourd'hui ? PMZ : le rejet de la peinture par Duchamp au début du siècle s'est fait en partie sous le signe du refus du sexuel ("masturbation olfactive" disait-il). La situation de mise à l'écart dans laquelle se trouve la peinture en ce moment (en France, plus particulièrement d'ailleurs), me paraît être le symptôme d'une remontée d'une certaine forme de puritanisme et n'a aucun rapport avec l'apparition de nouveaux moyens de communication qui remplissent les galeries et les grandes expositions d'art contemporain, comme on l'entend dire souvent depuis quelque temps. Je me souviens d'une interview du directeur du Magasin de Grenoble - il y a quelques années - répondant à une question sur une éventuelle disparition de la peinture, et affirmant que l'art avait toujours existé, ce qui n'était pas le cas de la peinture. C'est évidemment faux puisque dans le cas de la grotte de Lascaux, on est sûr que c'est de la peinture, mais on ne sait pas si les gens considéraient ça comme de l'art à l'époque.

MS : ce que vient de dire Pierre-Marie Ziegler me plait. Oui, cette violence contre la peinture témoigne de la lutte pugnace de Thanatos contre Eros….

AF : la peinture est sournoisement exclue de l'exotisme des grandes expositions. D'autres moyens d'expression prennent place et l'on ne permet plus à la peinture de cohabiter. Le pouvoir aurait-il défini un art majeur, issu des technologies nouvelles, et un art mineur absent des grandes expositions : la peinture ? Une telle position me paraîtrait téméraire.

FL : seule la chirurgie pourrait porter un coup fatal à la peinture par ablation du cerveau à la naissance ! car la peinture est une pratique particulière de la pensée, qu'elle est un geste évident et inévitable comme la parole ou l'écrit ! dès lors que l'on comprend bien la spécificité de la peinture, on voit qu'elle peut exister parallèlement à toutes les autre formes d' expression et qu'aucune de celles-ci ne peut inquiéter sa pratique. Qu'elle soit indépendante de toute technologie, lui confère cette aptitude à traverser sans s'appauvrir, toutes les époques. De plus, l'objet qu'elle propose (image immobile matérialisée sur un plan dont la réalisation passe par le corps de l'auteur), et la relation du spectateur à cet objet sont uniques et irremplaçables. Je pense également que le tableau de par sa simplicité objective, sera très à l'aise dans la société future qui vraisemblablement se dépouillera de plus en plus de toute quincaillerie et machinerie lourde ! Alors longue vie à la peinture et réapprenons donc à la regarder !

MS : pour juger de la situation de la peinture aujourd'hui, la légèreté n'est pas appropriée ainsi que l'impératif festif ! Franck Longelin a raison de pointer un réapprentissage du regard. Quant à la coexistence de pratiques anciennes et nouvelles, prenons l'exemple du travail de Bill Viola sur Pontormo. Voilà comment une technologie récente dialogue avec la peinture au lieu de la discréditer ! Le langage de l'exclusion, Qu'y gagne-t-on ? Une absence de choix à coup sûr.

Passons à ce que vous faites à FACE À L'ART. Les sites de peintres se multiplient en ligne. Le web est déjà saturé. Vous , c'est différent ?
AF : le site est une plate-forme de résistance, un lieu d'échange et de diffusion, une association non commerciale. Les choix esthétiques y sont débattus régulièrement. Cela me semble être dans la perspective d'un engagement réel de chacun.

MS : depuis le début c'est notre ambition. FACE À L'ART paris existe depuis un an. Et demi. Il faut lui donner du temps. Enfin, c'est plutôt bien parti ! D'abord ce site a un thème : " La figure et les sujets qui la suscitent ". Il présente actuellement deux expositions thématiques : " Tête " et " Le corps masculin ". L'une d'entre elles fera l'objet d'une exposition à Genève dans le cadre d'EUROP'ART 2002. Enfin il y a une une présence marquée de la critique puisqu'elle participe à la cooptation des peintres : dix-sept critiques proposent des artistes. Six cartes blanches sont en ligne. Ces événements ponctuent la vie du site et enrichissent sa mémoire.

PMZ : le principe de la cooptation fait qu'il n'y a pas " une ligne artistique " qui pourrait toujours être contestable d'une façon ou d'une autre. Les peintres qui sont sur ce site existent dans le paysage artistique actuel et ne sont pas là parce qu'ils illustrent le parti pris d'une personne. Leurs œuvres sont accrochées sur des murs de galeries, de collectionneurs, ou d'ateliers ; ce qui ne conduit par forcément d'ailleurs à leur visibilité (cf ce que disait au début Marie Sallantin sur " La Beauté " ou " Voilà ").

FL : être sur Internet n'est pas pour nous une fin en soi mais un moyen d'action libre et facile pour faire connaître des peintres actuels, comme si nous disposions d'un organe de presse. FACE À L'ART paris est aussi une association qui lance des actions. Ainsi " Collection privée " en décembre dernier.

Parlez- moi de ce projet " Collection privée ".
FL : " Collection privée " ? des tableaux enfermés entre deux tranches de béton ! c'est un nouveau concept de musée (tellement paradoxal que nous ne savons si nous devons en rire ou en pleurer) que nous proposons à nos institutions pour " montrer " au public la peinture actuelle et qui devrait leur convenir à merveille puisqu'il n'est que la matérialisation concrète de la situation que celles-ci réservent actuellement à la peinture !

MS : certains le trouvent sinistre et violent !

AF : le symbole est puissant. Le mystère y transparaît. C'est une œuvre pertinente qui interroge sérieusement notre époque sur la manière dont on peut occulter une forme de création jugée indigne à la consommation. C'est un embargo dénoncé.

FL : il est surtout juste quant au sentiment que les peintres éprouvent aujourd'hui, il l'exprime parfaitement ! de plus pour la première fois dans l'histoire de l'art, des peintres emmurent leurs œuvres, ce qui en dit long sur l'état de notre démocratie ! N'est-ce pas ?

PMZ : ce qui peut changer la donne, c'est qu'une fondation privée nous apporte un soutien , ce qui est plus difficile de la part de l'institution étant donné ce qui a été dit précédemment . C'est pourquoi nous avons fait une proposition de vente de " Collection privée " à la fondation de François Pinault.

MS : Picasso répondait aux allemands que la violence de Guernica, c'était pas lui qui l'avait voulu, mais eux.. " Collection privée " est le constat d'une violence faite à la peinture que nous n'avons pas voulu.. Avec l'action menée autour de " Collection privée " FACE À L'ART paris veut contribuer à la fin de l'exclusion de la peinture dans les expositions d'art contemporain.



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