|
| Jean Revol | | |
Swiss art Artists hosted Galleries hosted Art collections Prints & Ex-Libris Visual art texts EN FR Sur l'art d'aujourd'hui FR Contests, Festivals, etc Art Photography Museums and more... Secondary Art Market
|
Eugene Jansson |
| A propos d'Eugène Jansson | |
|
Musée d’Orsay - Paris
Excepté quelques noms rabâchés jusqu’à l’écœurement – Van Gogh, Picasso, Matisse, plus les plats du jour – le grand public semble désormais fermé à tous nouveaux critères ou
repères esthétiques. Et ce ne sont pas les démonstrations inconsidérées autour de Gilbert et Georges,
de Jean-Pierre Raynaud, voire d’Arman ou Tapiés qui l’aideront à retourner le sens et le goût de la considération. Telles sont les considérations actuelles du marché culturel et de la sensibilité esthétique que l’un peut proposer – voire imposer – à l’autre les manifestations les plus
diverses, les plus opposées dans le temps et l’espace, mais surtout dans leur nature et leur valeur intrinsèques. On découvre, on redécouvre, on didactise, on dogmatise. L’accélération et la multiplication des expositions, la publication quasi continue de propos et de pamphlets autour de l’art actuel pourraient supposer un énorme travail de la pensée contemporaine sur elle-même, ses pompes et ses œuvres.
Quelle illusion ! En fait le choix n’est qu’apparent – si le mélange rien moins qu’innocent – parmi cette abondance faussement spectaculaire, du moins ce spectacle de fallacieuse abondance. Le processus de banalisation qui consiste à faire alterner sur le même plan "l’expressionnisme allemand" ou "les lumières du Nord" avec "Gilbert et Georges" ou les installations de l’A.R.C. n’est-il pas le même qui, en publicité,
Obnubilée par l’énorme digestion de son impressionnisme, la France est restée particulièrement fermée à tout ce qui a pu se faire de grand autour d’elle. Aussi bien a-t-elle pratiquement ignoré les deux grandes voix venues du Nord et le l’Est : la Baltique et Vienne, le symbolisme et l’expressionnisme qui, partout ailleurs, se sont si subtilement et intimement associés pour renouveler les traditions d’Occident. Rien de plus éloigné de l’esprit français que ces deux conceptions apparemment opposées mais qui n’en ont pas moins suscité les quelques très rares présences réelles – ou "réelles présences" – dans l’art occidental depuis que celui-ci reste si terriblement seul sur les ruines qu’il a accumulées. La génération de 1890, en Scandinavie, a connu l’inquiétude et une sorte de fièvre qui, dans les "Nocturnes" d’Eugène Jansson et dans certaines visions de Carl Hill, s’avère beaucoup plus proche – dans le fonds comme dans la forme – de Van Gogh que d’Edward Münch. Mais le grand calme que Hammershöj parvient à endiguer dans ses beaux intérieurs vides y participe aussi. La Nuit de Jansson n’est pas celle de Münch, hantée par la mort et l’angoisse d’une destruction qui fait de son œuvre moins une vie qu’une survivance toujours à la limite de l’effraction picturale. Les visions Nocturnes de Jansson, ces extraordinaires et savantes harmonies en bleu, gris, argent et or, ne sont plus des réalités ; ce sont des apparences quasiment impalpables, absolument magiques : une féerie intime et légère comme un ordre musical qui semble effacer la réalité pour en restituer une autre où la matière ne pèse pas, ne résiste pas, où la lumière ni la couleur ne fulgurent ou brûlent. Au contraire, tout contribue à substituer aux dissonances la clef d’un accord. C’est une nuit qui apaise et qui agrandi, qui transfigure la laideur des villes, se concilie la magie du silence et le rêve des hommes. On songe bien sur à Van Gogh, mais tout autant au Greco des vues de Tolède qui lorsqu’avec ses fonds arbitrairement éclairés par rapport aux visages et aux formes, il rétablit une unité qui ne saurait être celle d’un paysage ou d’un état d’âme, seulement d’un tableau.
JEAN REVOL | |