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| Jean Revol | 


ART DE DÉBILES, DÉBILES DE L'ART ?
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Un grand individu peut dépasser d'un coup plusieurs générations et se retrouver dans le vide, aussi seul que le débile profond. Dés lors-et aussi complets et raffinés puissent-ils être – serons-nous surpris de trouver chez des artistes tels que Gustave Klimt et surtout Egon Schiele - hérauts d'une époque de haute densité culturelle, moins un reflet qu'une démonstration éclatante - et particulièrement triomphale - de ce style qui, du fond des âges et des mémoires, s'obstine à balayer visions et structures individuelles pour leur substituer thèmes et schémas symboliques.

Mais pour en revenir à Jean-Luc, quelle cristallisation étrangement lumineuse de l'inconscient -au point que ses dessins peuvent s'assimiler à certaines expériences informa tiques sur les réactions du cerveau à la couleur- a pu susciter chez ce robot vivant, phénomène étonnant de perfection et d'involution - n'a-t-il pas atteint d'emblée une maîtrise qui ne connaîtra ni failles ni progrès ?- un tel carrefour de culture, une synthèse aussi complexe et complète de tout l'art contemporain ?



Paul Klee

Jean-Luc. P
Qui pourrait l'empêcher de poursuivre à l'infini son immense toile d'araignée pour y piéger la lumière, ce réseau d'architectures, de formes mathématiques ? Sa musique se développe sur un graphisme obsédant qui change de rythmes sans changer de figures ou vice-versa. II bat la mesure de l'espace et c'est cette mesure qui se structure à l'infini, précédant la musique elle-même. Jean-Luc ne dépasse-t-il pas Klee précisément parce qu'il vient de bien plus loin en arrière et que ce. passé est exactement son avenir ? Son travail n'est pas une création mais une mémoire. Peut-on dire qu'il maîtrise sa partition de bout en bout dans le temps et dans l'espace ? N'est-ce pas plutôt le contraire puisqu'en fait c'est celle-ci qui rythme sa marche et sa respiration ? II la suit pas à pas et en même temps il la précède. C'est tout le contraire d'un automatisme : une préexistence. II n'est que de voir tel morceau d'une composition inachevée, détaché comme un îlot d'un continent en formation, totalement clos sur lui-même et achevé dans sa complexité et sa perfection absolues.

Ce jeu complexe entre le moi perdu, le moi nié, disséminé parmi les épaisseurs les plus séshérités de la masse culturelle et mythique, cet homme dont l'art est censé nous restituer l'image, nous devons très vite le reconnaître comme infiniment sérieux et même tragique ; avant tout parce qu'il ne s'agit pas - comme avec l'art des enfants - d'innocentes analogies de formes, mais de bien étranges rapports de fonds. Qu'il s'agisse de Klee et de Jean-Luc P., de Clifford Still et d'Edouard, de Miro et de Frankie, de Bissière et Andréa, de Bram Van Velde et de Marie-Line, de Hundert-Wasser et Gérard - la liste est infinie - il s'agit toujours de rencontres sans échange, de questions - et ce ne sont plus les artistes qui les posent-sans réponse, de sommations sans réplique. S'il est vrai que cet homme idéal s'est fait de ses oeuvres, il est également vrai que celles-ci ne se sont faites qu'en le défaisant au point qu'il ne reste pratiquement, des unes et de l'autre, que des grimaces et cette affligeante caricature : l'artiste, résidu de la société et ultime symbole de cette idolâtrie de l'art qui consacre la mort d'une culture. Par contre, comment parler d'échec là où il n'y a aucune volonté de réussite, aucune intention d'art, aucune attitude passionnelle ou projection volontaire du moi ? Nous sommes face à la puissance contemplative à l'état pur, forme première de l'archétype encore amorphe, non signature mais signe.

Jean REVOL

(1) C.A.T. : centre d'aide par le travail
(2) Ce terme de personimages englobe et définit à la fois l'objet et le sujet de cette démarche, l'acte en même temps que l'acteur. II rétablit sans le mesurer le temps et le champ retrouvés de ces enfants perdus de l'art, de la civilisation, de la culture; eux-mêmes sont cette longue vue - ou ce microscope - sont ensemble l'instrument et ce qu'il révèle. Sans doute est-ce la plus émouvante et la plus riche de nos découvertes : A l'image des plus grands artistes, ils créditent le spectateur du meilleur de lui-même, de cela qui existe dans l'œuvre - la fait exister - dans la mesure où elle retourne d'elle-même à la société, lorsqu'elle rend avec sa forme cela même que la forme lui a donné.

J. R.

FIN
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