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| Jean Revol | 


ART DE DÉBILES, DÉBILES DE L'ART ?
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Bernard Lamarche-Vadel nous parle de Beuys ou de Tapiès à peu prés dans les mêmes termes que Juliet ou Jacques Putmann de Bram Van Velde, Jacques Dupin de Arnulf Rainer, Jacques Henric de Louis Cane ; et cette liste pourrait s'allonger à l'infini, tant le discours sur l'art s'est développé dans le vide et parallèlement à lui, telle une dialectique de renoncement à son objet, parce que le sujet a déjà démissionné. Aussi bien le ton du discours est-il monté à mesure que son champ d'action - l'espace de l'œuvre - s'est rétréci comme une peau de chagrin ; il s'est chargé de références psychanalytiques et métaphysiques ; il s'est gonflé comme celui d'un avocat qui plaide une mauvaise cause et s'il utilise l'humour, c'est le plus souvent bien involontaire. Lorsque Francis Ponge écrit : «Supposons qu'Olivier Debré soit un paysagiste» et qu'il prend soin de nous prévenir immédiatement qu'il s'agit d'une «figuration à l'envers, qui capte et conduise notre regard à nous empêcher de voir quelque chose», entend-il nous persuader qu'Olivier Debré n'existe pas davantage que son paysage ? que le véritable inventeur de cette non-vision, de cette non-figure est celui-là seul qui les porte à notre attention ? Evoquant une fois de plus «l'éternel objet visé au-delà du tableau», Bernard Lamarche-Vadel va encore plus loin dans l'absurde puisqu'il avoue qu'il n'y a ni objet ni tableau, que l'œuvre est un seuil qu'il ne faut surtout pas franchir, une porte qu'il ne faut surtout pas ouvrir, parce que l'œuvre véritable est derrière l'apparence de l'œuvre fantôme, que celle-ci est un secret et qu'un secret dévoilé n'est plus rien.

Les oeuvres des Personimages (2) sont toujours le fruit d'un effort provoqué par l'inconscient pour sauver la conscience d'une régression et non le contraire. L'imposture y est impensable - et introuvable - d'une régression de mauvaise conscience vers un inconscient considéré comme un refuge et un alibi. Celui-ci est-il jamais autre chose que cette vaste citerne dont repartiront, comme revenus à une source seconde, les fleuves de la mémoire ? Le débile mental a conservé avec l'enfant ceci de commun qu'il se mesure au réel comme à une puissance parentale que l'on craint et que l'on respecte, vers qui convergent toutes les aspirations, toutes les énergies. Son contact avec la réalité pourrait se résumer dans une opposition de l'attitude infantile et de la prise grandissante de conscience. Dès lors que ce conflit est engagé, il y mettra toute son énergie lente et inépuisable.


Marie-Jo
Sans titre I, 160 x 75 cm
Serge Poliakoff
Composition, 1962, 81 x 100 cm
Rien de plus faux que l'image reçue par chacun de sa propre origine, sinon les figures collectives qui en sont perpétuellement fabriquées : figures infiniment défigurées dans tous les miroirs où l'homme n'a cessé de perdre sa réalité. Rien de plus suspect que ce retour- inlassablement rabâché par l'actuelle littérature esthétique -à la scène et à l'image primitives. On ne s'invente pas plus une mémoire - fût-elle collective - qu'un style. Le fantasme originel, c'est l'alibi idéal de toute image fausse, de toute forme en deçà de l'image, trop faible ou trop pauvre pour vivre sa vie autonome. Aucune image de l'origine ou de l'enfance n'est authentique, hors l'enfance ou l'origine de l'art ou de l'image ou de la personne. Et cela ne s'invente pas, surtout par les moyens de la culture. Dubuffet nous l'a bien montré qui a remonté tous les chemins de la culture pour se retrouver finalement au milieu de son «Théâtre de mémoire» : théâtre vide, puisque l'archétype est pratiquement interdit à l'homme moderne qui s'est aliéné sa nature instinctive. Aussi bien est-ce à l'abri de ce vide intérieur que tant d'imposteurs s'évertuent à construire sur le sable de l'origine un sujet sans objet, un sujet qui ne supporte pas son image ; du moins que son image ne supporte plus.

Nous retrouvons toujours la même imposture à la source, souillée une fois pour toutes, de toutes ces oeuvres données pour exemplaires dans la mesure où elles se complaisent à confondre origine et régression, régression et transgression, l'une servant d'idéologie à l'autre. «Tout est toujours là pour la première fois» déclare Tal Coat et, certes, sa volonté de peindre se dissimule sous un brouillard beaucoup plus épais que celui qui recouvre les premiers pas de l'homme dont la surface de ses tableaux - lisse comme une toile cirée ou grumeleuse comme une croûte de gâteau mal cuit - ne porte aucune empreinte. Aussi se trompe-t-il radicalement. Pour le créateur, tout est toujours là pour la dernière fois. II est celui qui retrouve partout le contenu de sa propre vie, la substance même de l'art : il est celui qui voit le monde comme, à l'instant de mourir, on voit défiler d'un seul coup toute son existence. Le temps de la création agit de même qui peut condenser en une seule image toutes les prises de vues antérieures. II ne remonte en arrière que pour ramener dans le présent un passé inoubliable.

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