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«Prédire les prix de l'art, c'est spéculer» (10 juin 2007)
Karl Schweizer, responsable du département Art Banking UBS, a confié à swissinfo qu'il ne manquera pour rien au monde les fastes d'Art Basel, du 12 au 17 juin.
Principal sponsor de cette grande foire d'art contemporain, la banque offre aussi un service aux collectionneurs, car l'art banking s'impose dans la gestion de fortune. Dans le sillage de la bourse, le marché de l'art a enregistré une progression phénoménale l'année dernière, estimée à 25% par les professionnels. Et ça continue. En mai, les ventes de Christie's et Sotheby ont presque doublé par rapport à la même quinzaine de 2006. Les chiffres d'Art Basel sont top secret, mais tout porte à croire que la foire sera plus fructueuse que jamais. La croissance de l'art est telle que des banques se sont lancées dans la course. Comme l'UBS qui, dès 1998, a offert une gamme de conseils et services à ses clients. Objectif: déjouer les pièges d'un marché de l'art souvent opaque et du trafic d'œuvres d'art.
swissinfo: En créant ce département spécifique en 1998, l'UBS a été parmi les premières banques à réunir l'art et la finance. Curieux mariage, non?
Notre objectif est de conseiller avec objectivité, neutralité et indépendance. Et la demande augmente car nos clients n'ont plus grande confiance dans le monde de l'art, miné par trop de conflits d'intérêts.
swissinfo: Il faut dire qu'avec un chiffre global de quelque 30 milliards de dollars en 2006, ce marché de l'art pèse de plus en plus lourd...
Durant ma carrière, j'ai assisté à deux ralentissements du marché et, à chaque fois, l'évolution de la bourse a eu un impact immédiat sur les ventes d'objets d'art. Actuellement, on a un marché d'acheteurs. Ceux-ci indiquent le prix qu'ils sont prêts à payer et, forcément, cela influence les transactions et donc les prix. Ceci fait que, en cas de crise boursière, les vendeurs doivent souvent baisser leurs prix mais, comme il faut que le spectacle continue, ils ne l'admettent pas. Le marché de l'art est un monde de rumeurs où personne n'avoue un échec. Il est donc impossible de prédire l'évolution des prix des œuvres. Le faire, c'est de la spéculation.
swissinfo: Comment expliquez-vous cet engouement général?
En Europe, cela tient à la fois de la tradition culturelle et de la croissance économique. Mais c'est surtout aux Etats-Unis que le phénomène est spectaculaire. Là-bas, la tradition culturelle n'a pas plus de 250 ans et l'art joue un rôle d'intégration sociale de plus en plus important, ce qui fait que beaucoup de jeunes veulent entrer dans ce monde et sont prêts pour cela à payer des sommes folles. En Asie, en Chine surtout, c'est plus compliqué. Il y a bien sûr une forte création de richesse, mais aussi un mélange d'intérêt à la fois pour la culture traditionnelle et pour la culture occidentale. Par exemple, la production artistique chinoise actuelle est manifestement en grande partie destinée à l'Occident.
swissinfo: On a l'impression que, depuis que les maisons de ventes s'occupent d'art contemporain et d'artistes vivants, les musées et les galeries n'ont plus grand chose à dire...
D'autre part, il est vrai que la limite qui séparait autrefois les activités des commissaires priseurs et celle des galeries est devenue plus floue, car les deux tendent de plus en plus à faire des affaires ensemble. Quant aux musées, je dirais qu'ils sont les gardiens du temple parce que ce sont eux qui définissent les standards de qualité. L'histoire de l'art est, après tout, une science qui a toujours permis de définir dans le temps l'évolution de la qualité par l'innovation.
swissinfo: Et vous-même, êtes-vous d'abord amateur d'art ou d'abord banquier?
Moi-même, j'ai commencé par collectionner de la photographie. J'ai arrêté et m'intéresse maintenant plutôt aux arts de la 2e moitié du 20e siècle et aux antiquités chinoises.
Interview swissinfo: Isabelle Eichenberger
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