Peut-on définir l’art contemporain comme l’art « en train de se faire » ? L’expression n’est employée de manière usuelle que depuis les années 80, et elle demeure ambiguë. Car tout l’art produit par les artistes vivants, donc contemporains, n’est pas de « l’art contemporain »… C’est quoi, l’art contemporain ? Pour répondre à cette question, on peut recourir à un autre terme abstrait, et abscons pour beaucoup, celui de « postmodernisme », que l’on peut définir au sujet de toute œuvre dont la conception, contrairement au modernisme, ne repose pas sur l’idée d’une finalité nécessaire de l’art. Les multiples mouvements « néo » et autres courants revisités, comme par exemple le « néo-Pop » de Jeff Koons, sont caractéristiques du postmodernisme, dont l’une des particularités est, si l’on peut dire, de tourner en rond et de pouvoir dès lors, comme un serpent se mordant la queue, intégrer tous les styles : selon Catherine Millet, « l’art contemporain opère une soudure, là où la modernité marquait une rupture ».
Autant dire qu’il paraît bien difficile de se retrouver dans tout cela. Comment définir une œuvre d’« art contemporain », et quels sont les critères qui peuvent déterminer si elle constitue un « bon travail » de la part de l’artiste ? L’éclectisme de l’art contemporain est tel qu’on ne peut plus parler aujourd’hui de « styles » : chaque artiste produit un travail unique, ne se rattachant pas forcément à un style en particulier. De même, tous les médiums sont « contemporains » : un peintre tel Marc Desgrandchamps est autant considéré comme un artiste contemporain qu’un artiste producteur d’installations, comme Claude Lévêque, ou un vidéaste comme Bill Viola… Pour faire simple (ou simpliste), on dira que l’art devient « contemporain », dès lors qu’il entre en synchronie avec son époque, et qu’il nous parle de notre vie, de notre époque, de nos modes parfois, et toujours de nos modes de penser et d’être, là et maintenant. [illustrations : © Niki de Saint-Phalle (détail) ; © Bill Viola, Five Angels for the Millennium, 2001 ; Claude Lévêque - Expo Le Grand Sommeil au Mac/Val © Photo Marc Domage/ MAC/VAL, © Adagp, Paris 2006] ![]()
Les années 60 marquent le réel début de l’« art contemporain ». Les catégories esthétiques traditionnelles, peinture et sculpture, explosent. Importent plus l’intention de l’artiste, sa démarche, ou, mieux encore, le « concept »… Focus sur l’art conceptuel et le minimal art. L’art conceptuel : « L’art est la définition de l’art »L’art conceptuel reste certainement encore aujourd’hui la forme d’art contemporain la moins bien comprise d’une partie du grand public, car il place au second plan le caractère physique de l’œuvre, substituant l’idée à sa réalisation. Le texte, les photos ou les objets qui constituent l’œuvre n’ont pas nécessairement de qualité esthétique. Ainsi l’artiste américain Lawrence Weiner affirme-t-il : « L’artiste peut réaliser la pièce. La pièce peut être réalisée par quelqu’un d’autre. La pièce ne doit pas nécessairement être réalisée ». Aux origines de l’art conceptuel donc, le ready-made de Marcel Duchamp. Qu’il soit associé à la linguistique (Art & Language, Jenny Holzer), à la photographie (Barbara Kruger), à la maîtrise du temps (On Kawara), ou à l’autobiographie (Felix Gonzales-Torres), il prend pour principe la tautologie énoncée par Joseph Kosuth, chef de file de l’art conceptuel dans les années 60 : « L’art est la définition de l’art ». Dans les années 60, le vaste groupe international Fluxus va intégrer diverses formes d’art, reprenant la subversion dada tant par le happening que par la vidéo (Nam June Paik), la musique (John Cage) ou la danse (Merce Cunningham). ![]() Le Minimal Art américain : le « non-art » illustrations : people]Nam June Paik[/people], Image of Electronic Superhighway: Continental U.S., Alaska, Hawaii, 1995 © Smithsonian American Art Museum ; ople]Dan Flavin[/people], Untitled, 1973. Dia Art Fondation. © tephen Flavin, Artists Rights Society ![]() L’art des années 70 : le réel retrouvé Happenings, Land Art, Arte Povera
Procédant par réaction, les artistes de la génération hippie amorcent, face à l’art conceptuel et à l’art minimal, à un retour au corps et à la nature dans les années 70. Focus sur les happenings, le Land Art et l’Arte Povera. Happenings et Body art : le corps comme mediumNé à la fin des années 50, le happening est, contrairement à la performance, plus qu’un spectacle, car il peut mêler le spectateur à l’action, elle-même en partie improvisée. Issu de Fluxus, le New-Yorkais Allan Kaprow, influencé par son maître John Cage, qui incitait ses élèves à créer des « events » où puissent se mêler différents arts, en est le grand prêtre. Au même moment, l’Allemand Joseph Beuys va réaliser des performances célèbres, comme celle lors de laquelle il se confronte à un coyote (I like America and America likes me). Utilisant comme principal médium leur propre corps, les Actionnistes viennois se font connaître autour de 1970 par quelques scandales retentissants. Leur but déclaré est en effet de choquer l’Autriche bien-pensante par des actions où se mêlent sexe et violence. Lié à l’actionnisme, le Body Art expérimente la mise en scène du corps, support d’interventions diverses (auto-mutilations de Gina Pane, transformisme de Michel Journiac, opérations chirurgicales d’Orlan).
Arte Povera et Support/Surface : le retour à la matière illustrations : Robert Smithson, Spiral Jetty, 1970 ; Joseph Beuys, i>I like America and America likes me, 1974 ![]() L’art des années 80 Strass et kitsch : la décennie arty
Les années 80, celles de la fin des idéologies, du fric facile et du règne des apparences, marquent l’entrée de l’art contemporain dans l’ère du business. Toute vision progressiste de l’art disparaît, au profit de la réhabilitation systématique des courants précédents. Atteignant les cimes du marché, l’art contemporain touche aussi le grand public. L’inauguration en 1977 du Centre Pompidou, dont une bonne partie est vouée à la promotion de l’art contemporain, en est le signe manifeste.L’histoire de la peinture, le retour
illustrations : Jean-Michel Basquiat, Toxic, 1984 ; Jeff Koons,Pink Panther, 1988.
Nouvelles technologies et nouvelles frontières géographiques et culturelles de l’art redessinent une nouvelle cartographie de l’art contemporain. Avec l’implosion du bloc soviétique et le développement accéléré de certaines parties du monde, notamment l’Asie, la décennie 90 a inauguré un nouveau rapport de l’artiste au monde. Placé au centre de celui-ci, le « plasticien » va piocher ici ou là les ingrédients qui formeront la matrice de son œuvre. L’arrivée du Web a en ce sens un rôle essentiel, tant par la diffusion de l’art qu’il permet, que par la mise en relation directe des artistes entre eux ou avec le public. Dans les années 2000 se développe par ailleurs l’art numérique : le Web n’est ici plus seulement un outil de communication, mais le matériau même de l’œuvre.
illustrations : Felix Gonzalez-Torres, Vue d’une de ces installations de 1994 ; Vidya Gastaldon Acid Mothers Temple, 2005 | ||
Magali Lesauvage Cet article est publié avec l'aimable autorisation du site Internet fluctuat.net Histoire de l'art contemporain Copyright Fluctuat.net | ||
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