Les artistes ont enfin la parole !
Depuis quelques mois en effet, il existe autour de l’art contemporain, des artistes et de l’art en général, une polémique (désirante de se transformer les débats en un changement sur le terrain de l’art), aux multiples remous et rebondissement, qui tente de redonner la parole à « tous » les artistes : Cette chronique ne pouvant qu’être un résumé incomplet de la situation, propose de poursuivre le dialogue afin de soutenir les participants à cette salutaire ouverture de pensée. Ce débat est en effet vital car il répond à la nécessité de dénoncer l’omniprésence d’une « élite » au sein du milieu de l’art contemporain qui tente d’exclure au nom d’une certaine vision de l’art, tout un pan représentatif de la diversité et de la créativité artistique de notre pays et au-delà. Depuis les années 1960, les œuvres artistiques sont de plus en plus soumises à l’urgence de coller à l’actualité, urgence imposée par une médiatisation excessive favorisant un besoin frénétique d’événementiel qu’exige la course au sensationnel, ce que Jean-Philippe Domecq (critique et romancier), nomme « l’obligation du nouveau », elle-même nécessaire pour parvenir à nourrir un marché de l’art devenu vorace et mercantile. Jean-Philippe Domecq dénonce par ailleurs (et cela depuis son article critique sur l’AC paru dans la revue Esprit en 1993): « L’emprise d’une pensée « désormais », qui tient l’œuvre pour « désormais négligeable », puisqu’elle est tenue pour une notion périmée, elle peut donc être minimale, d’une inventivité réduite à l’extrême, elle n’existe que par l’artiste qui la propose en vertu de sa « démarche ». Christine Sourgins (écrivain et historienne de l’art) poursuit dans le même sens : « Dans sa recherche frénétique du lieu social perdu, l’Etat culturel veut privilégier, plutôt que l’artiste solitaire en atelier, « l’artiste » qui travaille sur la création de modèles de sociabilité. » - « Le rôle de l’État est de réguler, d’être garant d’un pluralisme, pas de se substituer aux acteurs de l’art, ni, sous couvert d’action publique, de favoriser des intérêts ou des réseaux particuliers. La principale réforme à envisager d’urgence est la mise en œuvre d’une réelle transparence : dans les institutions publiques, qui décide d’acheter quoi, à qui, par quels intermédiaires, et à quel prix ? » (Revue Art Absolument) À partir des années 1990, période d’effondrement du marché de l’art, l’Etat a modifié sa politique de soutien, en faisant la promotion d’un art dit « conceptuel », devenant « le seul Art », selon l’expression d’Aude de Kerros (graveur et peintre) et s’imposant sous la définition exclusive « d’Art Contemporain », comme une sorte d’appellation contrôlée, en oubliant dans le même temps tous les autres artistes ne faisant pas partie de cet élan conceptuel et qui pourtant demeurent, eux aussi, très naturellement contemporains !
Comme le souligne Aude de Kerros : Cette volonté d’exclusion étant sans complexe soutenue par un Etat Culturel consentant et désirant maintenir une optique uniciste pour mieux hypnotiser le monde de l’art et le public au profit de son bénéfice personnel, cultivant le prestige d’appartenir à une élite qui « fait » l’art et en reçoit par là même les bienfaits en honneurs et en recettes . Cette attitude fortement est efficacement encouragée par la majorité des médias se faisant la servante consentante et souvent aveugle de cette entreprise de main mise sur la répartition de ce qui désormais est accepté comme étant de l’art ou n’en étant pas. Le phénomène est d’autant plus efficace que personne ne s’étonne de cette tendance à considérer certains artistes faisant partie de l’art « officiel » au nom de cette contemporanéité exclusive, définie de manière abusive par quelques-uns et favorisant justement ces quelques-uns ! On arrive donc à ce paradoxe qui consiste à définir comme art élitiste, et donc dépassé et réactionnaire, celui qui justement reste libre, dissident, divers, ouvert et tolérant, faisant vivre des conceptions contrastées, à l’instar d’un autre qui se veut à la pointe de la contemporanéité ouverte sur le monde, et qui, finalement impose une optique dictatoriale sous le prétexte d’innovation, en créant une rupture définitive et arbitraire avec la tradition et la diversité, tout en se réclamant pourtant d’elles. Il y a quelques mois donc, le site « Face à l’Art » ( Salon virtuel ouvert aux peintres, plate-forme d’informations et débats, créé en 2000 par trois peintres, Marie Sallantin, Pierre-Marie Ziegler, Franck Longellin), dans la ligne de son action entamée depuis quelques années déjà et à l’initiative de Marie Sallantin, écrit une lettre adressée à la nouvelle Ministre de la Culture Christine Albanel pour l’informer de cette « dissidence artistique » très active qui tente d’exister dans ce monde compartimenté de l’art actuel. Elle y dénonce l’interventionnisme hypertrophié de l’Etat dans l’art depuis plus de 25 ans : « Les artistes n’en peuvent plus de « l’inspection des arts plastiques », complètement dépassée. C’est à eux qu’il revient de présenter au public et aux professionnels, l’art dans sa partie vivante et plurielle » De plus un manifeste, nommé « pétition du 5 mai » lancé par Jean-Michel Meurice et ses amis, et signé par plus de cent artistes et auteurs (mille aujourd’hui) est adressé, à la presse, aux politiques, au Ministre, aux délégués des Arts Plastiques et publiée en ligne. Ce débat est, quelque temps plus tard, relancé par une lettre de Rémy Aron (peintre et directeur de la Maison des Artistes), adressée à chaque candidat lors de la campagne présidentielle, qui avait pour but de communiquer son désir de faire connaître les espoirs et les soucis de plus de 45000 artistes cotisants à la Maison des artistes (organisme encore indépendant face à l’état culturel) les questionnant sur leur programme vis-à-vis de la situation de l’art et des artistes. Seuls deux candidats ont répondu : Olivier Besancenot et Nicolas Sarkosy. Une certaine presse a aussitôt accusé Rémy Aron de prendre par cette initiative une position politique, ce qui n’était pas du tout son optique . Rémy Aron s’est depuis expliqué dans une réponse à ces accusations virulentes, adressée aux artistes (mai 2007), où il souligne ses convictions : « La maison des Artistes ne doit rien à personne, elle ne fait d’allégeances à personne, elle œuvre simplement pour les artistes dans ce paysage politique qui les ignore, qui nous ignore trop » - « Nous insistons depuis tant d’années pour un rééquilibrage tangible et réel des politiques culturelles. Elles ne doivent plus exclure personne, il faut que tous les artistes de France se reconnaissent dans les actions culturelles de l’État pour la culture car nous sommes tous une réalité culturelle et économique. La diversité esthétique doit être l’axe des politiques culturelles à venir et l’Etat doit être à son service, en spectateur libéral et protecteur ». Grâce à ces différentes interventions, les artistes sortent enfin de leur discrétion et se rassemblent, au-delà de leurs opinions personnelles et conceptions politiques individuelles afin de faire connaître leurs existences et leurs multiples formes d’expressions créatives. Pour conclure cet état des faits, encore une fois malheureusement incomplet, voici un extrait d’une critique de Joris-karl Huysmans, célèbre critique d’art et défenseur convaincu des impressionnistes, artistes exclus en leur temps, qui résonne de manière étrange et en rapport direct avec cette actualité : « En somme, les bienfaits de l’Etat vont aux intrigants et aux médiocres ; le prix de Rome n’a jamais donné de talent au peintre qui l’a obtenu puisque ce prix est réservé au manque d’individualité et au respect des conserves. Le mot de Courrier est toujours juste : « Ce que l’Etat encourage languit, ce qu’il protège meurt ». Mettez en parallèle maintenant la situation de ces peintres avec celle des Indépendants ; ceux-là sont, à peu d’exceptions près, les seuls qui aient du talent en France, et ce sont justement eux qui repoussent le contrôle et l’aide de l’Etat… » Espérons que toute cette énergie déployée soit, en fin de compte, un élan favorisant la libéralisation d’une créativité permettant aux artistes d’affirmer la force de l’imaginaire et de la transcendance de l’art. À bon entendeur, salut ! Françoise de Céligny
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