Manifeste "Un art pour l’homme"

 

Il est temps de se manifester !

 

La coupe est vraiment pleine !

 

La coupe est vraiment pleine, pour la plupart des  acteurs de l’art d’aujourd’hui en France, devant le désastre que constitue une  pensée artistique institutionnelle, incapable de tout dialogue, sourde et aveugle aux réalités, totalement livrée à elle-même, coupée de toute possibilité extérieure de régulation et méprisant scandaleusement la plus grande partie des créateurs de ce temps.

Les analyses, recherches critiques et publications informant de cette situation existent pourtant et sont diffusées. Elles disent pourquoi et comment l’art et la culture sont instrumentalisés par divers mécanismes qui le vident de son sens et le déshumanisent. Elles disent que la vie des artistes est précarisée et que la création est asphyxiée

 

Mais il s’avère que cela ne suffit pas pour faire changer les choses…( même si quelques rares “frémissements” vers un retour du sensible - et de la peinture- peuvent être décelés ici ou là dans les lieux institutionnels)

 

Nous avons donc conçu ce manifeste, non pas comme doléance revendicative ou quémandeuse, mais comme moyen de dénouer les blocages, de faciliter l’expression et révéler l’ampleur d’une exaspération générale, de fabriquer et proposer un objet de réflexion, clair , massif, sans ambiguïté ni édulcorant, sans possibilité de récupération, détournement ou traduction en langue de bois. Et de faire en sorte que cet objet, par sa présence et son ampleur, déjoue les appareils de brouillage et de deni de la réalité, et fasse apparaître  le ou les  récepteurs appropriés... parmi lesquel pourrait figurer le Ministère, auquel il est adressé  en premier.

 

Si vous  n’êtes pas résigné à subir éternellement la situation actuelle, nous vous invitons instamment à signer et envoyer le manifeste ci-joint à Mr le  Ministre , ainsi qu’ à le faire circuler auprès du plus grand nombre possible de personnes : il en va bien sûr, de la réussite de cette action collective, de son crédit global qui sera à la mesure du nombre des envois au Ministère.

 

Signez et faites signer !

 

Nous souhaitons donc  que vous puissiez :

 

1- En adresser  une copie-papier signée par vous, à Monsieur le Ministre de la Culture et de la Communication. 3, rue de Valois - 75033 Paris cedex 01 (nous pensons que ce mode d'envoi papier aura, par sa réalité physique, plus de “poids” qu'un envoi internet)

 

2- Le faire parvenir par mail, fax, ou courrier postal à toutes les personnes (amateurs d’art, artistes, médiateurs) que vous savez  susceptibles de vouloir le signer et poursuivre sa transmission vers d’autres signataires potentiels. ( Vous pouvez imprimer ou  saisir le fichier texte de ces deux pages sur le site www.artension.fr pour l’envoyer par mail)

 

3- En adresser une autre copie-papier ( ou confirmation fax ou @mail de votre envoi au Ministère) à Artension. BP 9 - 69647 Caluire cedex.

Mail : artension@wanadoo.fr - Fax : 04 78 23 51 49

(ce qui permettra de recenser l’ensemble des signataires)

 

Premiers signataires

(ayant participé à la rédaction du manifeste)

 

 

Marie Francine Adam Openo (Galeriste)- Rémy Aron ( artiste)- Agnés Bernard (galeriste)- Françoise et Michel Georges Bernard ( critiques d’art)- Christian Berst ( éditeur)- Olivier Billard ( collectionneur)-  Dominique Coffignier (artiste )- Leonardo Cremonini (artiste),  Laurent Danchin ( critique d’art)- Jacques Deal (artiste)-  Serge De Turville (artiste)- Olivier De Sagazan (artiste)- François Derivery ( critique d’art)-Jean Philippe Domecq (écrivain) --  Céres Franco ( galeriste)- Franta (artiste)- Hastaire (artiste) - Eric Henri ( galeriste) - Jean Pierre Klein ( critique d’art)-   Jorg Hermle (artiste)- Alain Jean (enseignant)-  André Le Glatin ( artiste)- Loïs Le Vanier (critique d’art) - Alain Leduc - Antoine Leperlier (artiste)-  Françoise Monnin (critique d’art)- Marie Morel ( artiste)-  Christian Noorbergen ( critique d’art)- Francis Parent ( critique d’art)-  Raymond Perrot ( critique d’art)-  Marc Petit (artiste)- Bernard Pierron (artiste)- Nili et Moreno Pincas (artistes) - Dominique Polad (galeriste)- André Protche (éditeur)- Frédéric Roulette ( galeriste)- Lucien Ruimy (artiste)-  Pierre Souchaud ( critique d’art)- Jean Paul Souvraz (artiste)- Tibouchi (artiste)- Jérôme Tisserand ( artiste)- Pascal Vinardel (artiste) - Agnès Wotkiewicz (artiste)- Yankel (artiste) - Christian Zeimert (artiste)

 

 

Le Manifeste  Un art pour l’Homme

 

 

à Monsieur le Ministre de la Culture - 3, rue de Valois - 75033 Paris cedex 01

 

Le champ de la création  et de la diffusion des arts plastiques en France se trouve aujourd’hui coupé en deux parties bien distinctes entre lesquelles l’absence de communication et de compréhension est devenu quasi totale:

- La première partie est celle des institutions et du grand marché international, dont la pensée, le discours et les critères d’évaluation sont avant tout les produits d’une conjonction d’intérêts extra-artistiques : politico-médiatiques, administratifs, spéculatifs, etc.

- La seconde, la plus réelle, riche, inventive, diversifiée, inscrite dans le présent et ouverte sur l’avenir,   est celle d’une majorité de créateurs de ce temps ainsi que de leurs diffuseurs et de leur public, ignorés , voire méprisés par la première.

 

Cette fracture est très préjudiciable aux artistes, à leur reconnaissance, à leur survie même,  à la réinsertion sociale de l’art, au travail des galeries prospectives et d’un grand nombre de  médiateurs, au respect d’un patrimoine vivant. Elle entretient un climat d’ostrascisme et de ségrégation féroces, comme il n’en existe dans nul autre domaine. Elle interdit à l’art de tenir son rôle émancipateur, d’élucidation du monde et de lien entre les hommes, à une époque de difficiles mutations. Elle désespère et exaspère une majorité des acteurs de l’art de ce temps.

 

Nous vous demandons instamment de reconnaître et de prendre en compte la réalité de cette situation de blocage désastreux  et de mettre en oeuvre tous dispositifs  de réflexion sur les moyens de s’extraire de ce que l’on  peut considérer comme un néo-académisme étatique encore plus dévastateur que l’académisme du début du 20e siècle.

 

Pourraient être, par exemple, objets de cette réflexion :

- l’ installation d’outils d’écoute et de large consultation,  pour la mise à plat des non-dits qui empoisonnent la vie culturelle dans le domaine des arts plastiques depuis trois décennies ;

- la reconnaissance des analyses faites par les sociologues, philosophes, chercheurs, historiens  et  critiques d’art non-alignés, sur la réalité évoquée ;

- la  révision complète des dispositifs et critères de soutien à la création dans la perspective d’une plus grande ouverture aux divers modes d’expression et sensibilités artistiques : ce qui implique notamment une remise en question  des profils, attributions et modalités de nomination des Conseillers Artistiques Régionaux, une redéfinition  du rôle, des modes et  critères  d’intervention de la Délégation aux Art Plastiques, un réexamen des finalités et fonctionnement des FRAC, des DRAC, des Centres d’Art Contemporain ;

- le développement d’une politique de soutien aux associations, galeries,  salons.

- le réaménagement des structures existantes, municipales, départementales et régionales pour un développement véritablement décentralisé des arts plastiques et le recensement des ressources ;

- l’ introduction des artistes au sein des structures décisionnaires et l’écoute attentive des nombreux  collectifs qu’ils ont constitués ;

- l’incitation fiscale pour les achats d’oeuvres d’artistes vivants, pour la dynamisation d’un marché intérieur de proximité;

- l’ incitation auprès des différents médias (presse, télévision, etc.) pour que que les chroniques artistiques aient plus de place dans les programmes;

- la réhabilitation de la “pensée sensible” et poétique  dans le discours institutionnel sur l’art et dans les dispositifs d’enseignement;

- la réflexion sur la spectacularisation de l’art et sur l’incidence du politico-médiatique sur les critères esthétiques dominants.

 

Nom Prénom                                                                Profession

 

Adresse

Code postal                                         Ville                                                   Tél.

Date    Signature

 

 

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Texte du n° 22

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Manifeste “Un art pour l’Homme”... suite

 

Éloquentes non-réponses

 

Outre les  milliers de lettres du manifeste-pétition reçues dans la boite à lettres du Ministère de la Culture, il y a celle-ci, envoyée avec AR par Artension : 

“Monsieur le Ministre, suite à sa publication dans le numéro de janvier du magazine Artension , plusieurs milliers de personnes ont envoyé ce manifeste-pétition à votre Ministère, avec leurs signatures.

Le but de cet envoi était de vous signaler l’importance de l’ « anomalie » évoquée dans ce texte.

Nous  vous serions très reconnaissant de bien vouloir nous confirmer que vous avez eu connaissance de l’existence  de ces envois multiples et du contenu même du manifeste, et nous informer des suites que vous pensez pouvoir donner à cette expression collective, afin que les lecteurs de notre  magazine et les nombreux signataires du document soient eux-mêmes informés du résultat de leur démarche auprès de vous.”... Aucune réponse à ce jour, hors l’accusé de réception.

 

Le manifeste a été envoyé également par mail personnel à chacun des députés et sénateurs en lui suggérant que le problème soulevé pourrait faire l’objet d’une question écrite au ministre... Aucune réponse à ce jour non plus d’aucun des parlementaires.

 

Preuve est faite que le message  était sur une fréquence inaudible  pour ses destinataires... Mais démonstration est-elle faite pour autant,  qu’il était inutile ?

Non bien évidemment, car le but de la missive n’était pas plus d’en prouver l’irrecevabilité que d’en attendre une réaction immédiate de la part de ses récipiendaires.

 

Alors, à quoi bon ce manifeste?

 

A  ceci de bon qu’ont bien compris les milliers de signataires  qui ont tout de même jugé opportun de l’expédier et de le faire circuler:

- formuler et pointer l’”anomalie” en question, la dater, en faire trace historique pour les générations suivantes ;

- proposer un texte global  comme base de réflexion totalement ouverte, comme document repère et fédérateur ;

- proposer une parole qui, même si elle n’a pas vocation à se donner  des représentants dûment mandatés, contient une vérité immédiate qui doit être écoutée;

- espérer tout de même, qu’à terme, s’ouvre quelque part une brèche dans le mur de l’incompréhension, pour que le message extérieur pénètre la forteresse et y trouve quelque interlocuteur encore vivant.

 

Continuez à signer et à faire circuler !

 

En gardant l’espoir que cette action contribue à ce qu’un jour une commission ministérielle ou parlementaire soit désignée pour faire un audit, un grand rapport, le plus approfondi et honnête possible, sur la situation.

 

Le Manifeste “Un art pour l’Homme” peut être imprimé ou téléchargé sur www.artension.fr

La rédaction de Artension

 

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Texte du n° 23

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Manifeste “ Un art pour l’Homme” ... suite

en illustration fac-similé du manifeste

pour caler les 2 pages (il peut être assez grand et lisible

 

légende fac similé

Le manifeste “ Un art pour l’Homme”

peut être téléchargé et imprimé

sur le site www.artension.fr

 

 

  !      Réponse du Ministre de la Culture 

au directeur du magazine Artension

 

Paris, le 4 mars 2005

 

Monsieur,

 

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai pris connaissance du manifeste « Un art pour l’Homme » publié dans la livraison de janvier 2005 du magazine Artension.

 

Vous me permettrez d’apporter quelques nuances au paysage contrasté que vous dépeignez de la vie artistique de notre pays, avant d’en venir à l’analyse de vos propositions.

 

            Vous présentez le champ de la création et de la diffusion des arts plastiques comme étant coupé en deux, avec d’un côté l’institution et le marché, et de l’autre la majorité des créateurs. Je ne partage pas cette vision de la scène artistique française, riche d’initiatives les plus diverses, qu’elles soient publiques ou privées.

 

À l’initiative de l’Etat et en partenariat  avec les collectivités territoriales ont été crées il y a vingt ans, dans chacune des régions, des centres d’art et des fonds régionaux d’art contemporain (FRAC). Je peux vous assurer qu’au sein de ces structures partenariales, une véritable pratique des discussions et des débats s’est dès le départ imposée, faisant que ces outils - mis en place au service de l’art et de la création contemporaine - restent constamment en phase avec les enjeux de leur époque. Je suis à ce titre très attaché à ce que la société civile comme les artistes eux-mêmes participent aux conseils d’administration de ces institutions.

 

Ce souci de concertation, au cœur de toute politique d’aménagement du territoire, a sans aucun doute permis la prise en compte la richesse artistique de notre pays. Il est aujourd’hui largement relayé par l’action des collectivités territoriales. Celles-ci encouragent et accompagnent les initiatives de plus en plus nombreuses qui naissent sur notre territoire.

 

Venons-en à vos propositions. Vous souhaitez que soient mis en place des dispositifs » d’écoute et de large consultation ». Cette exigence démocratique est le fait de tous et doit être partagée par chacun. À ce titre, je ne peux que constater l’existence dans la presse locale, nationale, spécialisée ou non, d’un intérêt sans cesse croissant envers la vie artistique de notre pays. Cette instance médiatique, à laquelle on peut associer les développements récents de la communication électronique, contribue de manière formidable à la diffusion et au développement du débat critique qui doit nécessairement accompagner la création artistique. Soyez assuré de mon souci permanent de veiller à sa diversité afin que la vie éditoriale française continue à participer pleinement aux enjeux esthétiques de notre époque à l’intérieur comme hors de nos frontières.

 

Je tiens à rappeler qu’il est par ailleurs de la responsabilité des institutions publiques de prendre en compte la pluralité des expressions et d’ouvrir leurs activités au plus large public, ceci dans le cadre des missions de service public qui sont les leurs.

 

En ce qui concerne le ministère dont j’ai la charge et les missions des directions régionales des affaires culturelles, je me permets de citer certaines des conclusions du rapporteur de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales, M. Marc Bernier, concernant l’action des DRAC dans le cadre de la déconcentration culturelle. Il a, dans son rapport, souligné le rôle-clé des directions régionales, perçues et reconnues par l’ensemble des partenaires comme les garants d’une politique nationale. Mais du même souffle, il a relevé le rôle qui est aussi le leur en ce qui concerne l’application équilibrée de la politique d’aménagement du territoire. À ce titre, les DRAC sont devenues de véritables catalyseurs et des fédérateurs efficaces des projets les plus variés. Je rappelle encore que dans ce domaine, les collectivités territoriales prennent de plus en plus d’initiatives à travers la création d’espaces de production, de diffusion et d’expression artistiques (artothèques, salons, ateliers, résidences, ect.) dans le cadre d’une concertation étroite avec l’État.

 

Vous souhaitez un recensement de toutes ces ressources. La encore, au-delà de l’initiative publique (voyez par exemple le site internet du Centre national des arts plastiques), on ne peut que se féliciter, comme je l’ai fait plus haut, des nombreuses initiatives en la matière que les technologies de la communication ont rendu de plus en plus performantes, attractives et participatives.

 

Vous me signalez un certain nombre de contraintes réglementaires, notamment fiscales. Toute l’action que je mène tend à lever autant que faire se peut ces contraintes, dans le respect bien entendu du droit d’auteur et des réglementations  européennes. Je pense notamment au droit de suite.

 

Je me permets de vous rappeler quelques dispositions fiscales qui sont intervenues récemment : le relèvement du seuil d’imposition et de la taxe forfaitaire sur les objets d’art qui est porté de 3 050€  à 5 000€, et l’exonération de plus-value au bout de douze ans (et non plus de vingt et un ans) de détention du bien, en cas d’option pour le régime du droit commun. Il me faut encore rappeler l’exonération de la taxe professionnelle pour les photographes qui sont dorénavant traités comme les autres créateurs plasticiens. J’ajoute enfin à cette énumération les dispositions fiscales avantageuses accordées par les lois de 2002 sur les musées de France et de 2003 sur le mécénat.

 

Vous en appelez à une pensée sensible et poétique. Je souhaite aussi qu’elle soit partagée par tous nos concitoyens, et ceci dès le plus jeune âge. L’éducation artistique dans les écoles, les collèges et les lycées, représente un enjeu fondamental afin que le public devienne un partenaire à part entière. L’encouragement adressé aux médias audiovisuels afin que ceux-ci accordent à la chose artistique une plus grande place dans leur grille de programmation relève de la même volonté.

 

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

 

 

Renaud Donnedieu de Vabres

 

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!     Réponse du Directeur d’ Artension

 

au Ministre de la Culture

 

 

Monsieur le Ministre,

 

Je vous remercie pour votre lettre du 4 mars en réponse à  l’envoi du manifeste «  Un art pour l’Homme » .

 

Votre contribution à notre réflexion sera publiée dans le numéro 23 mai-juin du magazine

- pour fournir réponse attendue aux très nombreux lecteurs qui ont signé ce manifeste et l’ont fait parvenir à votre Ministère.

- Pour donner également à chacun d’eux l’occasion, de vous écrire à nouveau afin de vous faire part, après lecture de votre texte, de ses propres  analyses, réactions, informations, suggestions, sentiments divers: l’ensemble de ces témoignages personnels pouvant vous être précieux pour une plus juste évaluation de la situation actuelle, dans l’hypothèse où celle-ci serait bientôt entreprise par l’instance d’audit que vous ne manquerez pas d’installer.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments très cordiaux et respectueux.

 

Pierre Souchaud

 

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!    Réponses des lecteurs d’Artension

Au Ministre de la Culture

 

Il vous est donc maintenant  permis, chers lecteurs, de répondre personnellement à cette lettre de Monsieur le Ministre, pour lui faire part de vos suggestions, témoignages et sentiments divers, en lui écrivant au  3 rue de Valois – 75003 Paris – Tél : 01 40 15 80 00. ( Il serait bon que vous adressiez simultanément  copie de votre lettre à Artension).

 

 

 

 

 

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Texte du n° 24

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Manifeste “Un art pour l’Homme”... suite

 

 

! Des “réponses” de  l’appareil

 

Le Manifeste - pétition “Un art pour l’homme “ * a été conçu pour pointer et dater une gigantesque anomalie dans le fonctionnement de l’appareil institutionnel, et non pas pour demander à celui-ci d’inverser sa logique, de se renverser sur lui-même de sa propre autorité, ou bien de se tirer un balle dans le pied ou dans la tête... Bien évidemment.

Aucune illusion donc sur l’intérêt de ses éventuelles réactions ou “réponses”.

Celle en très courtoise langue de bois du Ministre (voir précédent numéro), qui évacue le problème en déniant purement et simplement la véracité des informations qui lui sont données et qui se cramponne obstinément à son ignorance des réalités,  était attendue... Elle confirme cette impossibilité structurelle d’ouverture au réel.

 

Deux autres réponses sont à mentionner, car beaucoup plus élaborées dans le genre “défense et illustration” de la langue institutionnelle française :

 

- D’abord, les deux éditos consécutifs du  directeur du site www.paris-art .com , site dédié à l’art on ne peut plus distingué et sous - titré “ (presque) tout l’art contemporain à Paris”. Ces textes, l’un du 17 février “Tension haute, idées basses”, et l’autre du 24 février “ Régime des arts, régime du sensible” consacrés donc au Manifeste, peuvent être lus et imprimés en consultant le site paris-art.com. Ce sont des documents intéressants car , comme jolis colliers de perles de culture ou de rhétorique dominantes, ils dévoilent, sans pudeur ni vergogne pour une fois,  le  large échantillonnage des très sophistiquées stratégies, techniques et armes dissuasives du système.

 

- Ensuite, l’article de 4 pages, publié dans Art Press n° 312 de mai, intitulé “Crise de la valeur. La faute du goût”. L’auteur part de l’exemple de ce Manifeste, pour lui simple “vindicte” manichéenne et grossière , pour élever et affiner le débat en  plaçant  l’épiphénomène dans cette problématique globale de l’évaluation et du goût en art (ce titre d’ailleurs d’une insondable ambiguïté ou ingénuité, comme si évaluation et goût étaient séparables dans tout ce qui les surdétermine) . D’où un texte à la compacité aussi docte que confuse, où l’on cite abondamment le manifeste, où il est évidemment beaucoup question de “médiations”, et où, extraordinairement, il n’est jamais question ni de Nathalie Heinich, ni de Bourdieu, ni des autres sociologues qui ont étudié le sujet. Bref, un texte à l’ignorance pompeuse, un bricolage conceptuel  où l’intellect débridé n’est que le produit par défaut d’une absence totale d’information et de compréhension sensible des choses de l’art et du monde. Fumeux galimatias défensif dont le but ne semble être autre que d’asphyxier toute réflexion sérieuse.

 

Sans quitter le sujet, mentionnons aussi dans ce même numéro d’Art Press, quatre pages  consacrées à “ la demeure du chaos” de Thierry Ehrman, personnage qui fait actuellement grand bruit dans le Landernau lyonnais pour avoir saccagé sa somptueuse propriété de 10000 m2 de Saint -Romain au Mont d’Or. Gigantesque désastre  à vocation artistique, puissamment allégorique de l’état du monde actuel se vomissant sur lui-même (voir couverture du même numéro d’Art Press). “Fils d’un important industriel membre influent de l’Opus Dei, nous dit-on dans l’article, Thierry Herman fait fortune dans les années 80 avec le minitel rose et les combats de boxe. Dans les années 90, il fonde la start-up artprice.com ( société spécialisée dans l’archivage en ligne des résultats de vente aux enchères d’oeuvres d’art sur toute la planète), avec le soutien financier de Bernard Arnault. Partouzeur invétéré, il se dit bigame “, etc. Bref, un homme de goût et, de surcroît,  grand connaisseur de la valeur des œuvres d’art ...

 

Du goût et de la valeur... Vaste sujet ! Nous conseillons donc vivement à Monsieur le Ministre et à Messieurs les rédacteurs sus-désignés de s’informer vraiment sur la question avant d’en parler... et de lire pour cela l’entretien avec Marc Jimenez qui figure dans ce numéro, ainsi que son livre. Pierre Souchaud


Artension No 21 à 24 de Janvier - juillet 2005

 







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